Ni ko ma kè N°15 du 07/04/2017


Nouvelle

 

Célibat : Qui rêve d’étoiles ne devrait pas céder aux chimères

 Il suffit qu’une jeune fille atteigne la trentaine pour qu’elle soit soumise à une pression insupportable de la part de son entourage. Souvent même avant cet âge ! A chaque occasion, il y aura des bonnes âmes pour lui rappeler que le temps passe et qu’elle devrait songer à se trouver un conjoint si bien que, pour certaines, les nuits sont hantées de cauchemars. Et fusent alors des phrases du genre : «Toutes tes amies sont mariées ; elles ont même des enfants !» ou des insinuations comme «Tu attends quoi pour nous le présenter ?» Comme si elle doit se jeter entre les bras du premier venu ou se vendre à la criée.

Si les proches lui mettent autant la pression, c’est parce que dans le voisinage, il y a souvent des gens malveillants à la langue fielleuse qui n’hésitent pas à l’appeler dans son dos sous le sobriquet de «Mademoiselle quarante ans». Le mariage est quand même une affaire sérieuse pour s’y embarquer à l’aveuglette. Il mérite préparation et sans doute beaucoup de réflexion. Il ne faut donc pas céder à la pression sociale pour aller embrasser des crapauds alors que le prince charmant est derrière le bois. En la matière, on ne dispose pas d’un avenir de rechange. Et comme justement la vie à deux n’est pas envisagée dans une perspective de contrat à durée déterminée, il faut s’y engager en connaissance de cause, en tenant compte de nos aspirations les plus profondes.


Arrêt sur image

La plus noble aspiration d'une jeune fille, c'est le foyer; oui, un mari et des enfants!
Couple mixte

Nouvelle

 

Un homme pas comme les autres…

 

   Coumba se leva et vit à travers la fenêtre son alter ego se diriger vers le bloc abritant son bureau. Celle-ci ne ratait aucune occasion de lui tenir compagnie et de papoter avec elle. Elles avaient toujours été là l’une pour l’autre ; inséparables, ou presque. Cécilia se préoccupait de sa situation et faisait tout pour la voir casée. Chaque fois que l’occasion se présentait, elle l’assaillait de questions sur son actualité sociale et sexuelle. Au-delà de toute inquisition, elle voulait son bonheur. Rien de plus.

 

   Coumba avait tout accepté et expérimenté plus pour plaire à son amie que par souci de se caser. Elle avait accepté des rendez-vous à l’aveugle en compagnie de Cécilia ; des rendez-vous arrangés à l’initiative de ses sœurs et cousines. Elle n’avait toujours pas rencontré l’homme de ses rêves, cet homme idéal qui ferait vibrer son cœur et lui faire faire le saut dans l’inconnu.

 

   A vingt-neuf ans, Coumba était une belle femme épanouie. Ingénieure en informatique, elle avait entamé une belle carrière dans une société de la place. Elle avait un salaire décent, s’était acheté une voiture de sport haut de gamme et vivait dans un appartement de haut standing dans un quartier résidentiel. Elle était toujours habillée avec goût et maquillée avec soin. Avec une taille au-dessus de la moyenne, une poitrine généreuse, un sourire lumineux et un regard limpide, elle avait une plastique à faire rêver. Personne cependant ne lui connaissait une relation sérieuse. Pourtant, pour ne pas paraitre gauche le moment venu, elle avait lu pleins de livres sur la sexualité, à commencer par le Kama sutra. Elle était malgré tout seule ; inexpérimentée sur le sujet, du moins dans la pratique.

 

   Ses parents d’abord ; ses sœurs, cousines et belles sœurs ensuite ; son amie enfin n’avaient cessé de lui mettre la pression. Tout le monde se préoccupait de la savoir enfin rangée ; peu importe avec qui ni dans quelles circonstances encore moins pour combien de temps. Mais Coumba avait peur. Elle avait une vision de la relation à deux ; elle avait des principes qui la bloquaient…

 

   La pression de son entourage avait été si forte sur Coumba qu’elle avait fini par se poser des questions sur sa capacité à vivre une relation à deux. Elle prit alors une résolution : embrasser plusieurs crapauds dans le dessein de tomber sur le prince charmant. Et puis un jour, à la faveur d’un diner de mariage, elle avait été installée à côté d’Oussou. Ce dernier, après la traversée du désert avec Soussaba, était progressivement revenu à la vie mondaine.

 

   A son arrivée, il se leva pour la saluer, l’aida à s’asseoir et lui fit la conversation comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. Il l’avait fait rire. Il lui avait fait découvrir l’étendue de son savoir sur les sujets les plus variés. Bref, elle l’avait trouvé charmant et d’un commerce agréable. Comme s’il avait décidé de la charmer pour de bon, à la fin du diner, il l’accompagna à sa voiture, attendit qu’elle ait démarré, la salua puis se dirigea vers sa voiture.

 

   Arrivée à la maison, Coumba eut du mal à trouver le sommeil. Depuis tout ce temps qu’elle espérait rencontrer un prince charmant, elle n’avait plus vu d’homme aussi attentionné. Si bien qu’elle avait cru qu’il n’y en avait plus. Elle se rappela chaque détail de leur conversation. Comme dans un kaléidoscope, elle vécut le diner couchée dans son lit. Son réveil sonna alors qu’elle n’avait pas fermé l’œil une seule fois !

 

   Le travail cependant a ses exigences. Coumba dut se lever du lit à la première alarme de son réveil. Elle se rendit au bureau, l’air léger, la tête ailleurs. Cécilia l’attendait pour en savoir plus sur le bouquet de fleurs et la carte déposés sur son bureau. Oussou avait en effet commandé un bouquet chez Fleurimax et l’avait fait livrer à son adresse. Dans une enveloppe accompagnant le bouquet, il avait glissé sa carte de visite avec ce mot : «Tu voudras bien m’indiquer si ton agenda te permet de diner avec moi ce soir à la maison. Je te préparerai les gambas dont tu m’as dit raffoler. Oussou»

 

   Coumba était ébahie. Un homme si bien distingué serait-il capable de faire la cuisine rien que pour elle ? Se pourrait-il que cela fût vrai ? Elle lut et relut le mot, son cœur battant de plus en plus la chamade. Elle sentait que quelque chose de beau s’annonçait pour elle.


Eclairage

 L’emploi du pronom «dont»

 Un pronom relatif représente et remplace son antécédent placé généralement devant lui. Il prend le genre et le nombre de cet antécédent. Un pronom relatif introduit une proposition qui sert de complément à ce nom (ou pronom). Cette proposition s'appelle « proposition subordonnée relative ». Qui, que, dont, où sont des pronoms personnels.

 Examinons :

 Voici l'ami dont je vous ai parlé.

 Je vous présente mon travail  dont je suis fier.

 Le pronom relatif « dont » peut avoir différentes fonctions. Il remplace des personnes, des animaux ou des choses.

 

 

Je vis dans une maison dont les murs tombaient en ruines.

Il peut être complément du nom (les murs de la maison),

Cette jolie table dont je t'ai parlé est à vendre.

ou complément d'objet indirect  (je t'ai parlé de cette jolie table)

Les rennes découvrent sous la neige des lichens dont ils sont friands.

ou encore complément de l'adjectif (les rennes sont friands de lichens)

  Il faut cependant éviter d’utiliser un possessif après «dont». 


Ni ko ma kè N°14 du 31/03/2017


Opinion

Rien ne pèse lourd tant qu'un secret et le porter loin est difficile pour les hommes et les femmes.
Plans secrets

Le secret : Rien ne pèse lourd…

Le fabuliste français, Jean de La Fontaine disait à juste raison qu’il était difficile de porter loin un secret. Combien sommes-nous à pouvoir garder secrète une information communiquée sous le sceau du secret ? Peu de personnes. Très peu même ! Des chanteurs Ivoiriens ont fait une chanson aux allures de caricature sous le titre «secret d’Africain». Il y apparait clairement qu’il est non seulement difficile pour certains de garder un secret mais aussi qu’ils en font une transformation au gré des rencontres.

 Dans certains milieux, on aime utiliser l’expression «de sources concordantes généralement dignes de foi» pour amener les interlocuteurs à accorder du crédit à ce que l’on dit. Lorsque l’information revêt un caractère confidentiel, il est préférable de la garder pour soi. Malheureusement, aujourd’hui, les gens préfèrent diffuser des informations sans fondement, juste pour paraitre important, informé ou branché quand ce n’est pas pour nuire à leur prochain.  

Ceux qui commencent leurs propos par des expressions du genre «Il parait que…» ou «On m’a dit…» colportent des rumeurs pour lesquelles ils ne détiennent pas la source, bien souvent. Il suffit juste de se poser des questions de bon sens : est-ce vrai ? Est-ce utile ? Est-ce bon ? Pour autant, il ne faut pas se taire sur certains travers, sinon on les aurait cautionnés. Mais quand ce que l’on veut dire ne vaut pas mieux que le silence, il faut se taire !


Arrêt sur image

De la confidence entre deux personnes, on passe au secret de polichinelle
De la confidence entre deux personnes, on passe au secret de polichinelle

Nouvelle

Les potins de la commère…

            Depuis une semaine qu’il était à Bamako, Mougou était le plus assidu des téléspectateurs dans la famille Touré. Ses cousins et cousines, une fois le feuilleton de dix-neuf heures diffusé, prenaient leurs cliques et leurs claques et disparaissaient comme si le feuilleton était le seul lien qui les unissait au reste de la famille. Mougou restait donc seul devant le petit écran jusqu’à la fin des programmes. De temps en temps, il bénéficiait de la compagnie de son oncle Mamadou qui venait suivre le journal télévisé ou quelque programme qui l’intéressait.

             Ce soir-là, Mougou qui suivait calmement la page consacrée à la formation continue poussa soudain un cri d’étonnement. Sa tante, Oumoudjan, assise à quelques mètres de lui entendit ce cri et lui demanda ce qui se passait.

 - Je viens de voir à la télé un homme que nous avions tous pris pour un fou à Sikoro. Le voici en train de parler à la télé, en possession de toutes ses facultés…

 Oumoudjan s’approcha et reconnut son chef de service.

- Cet homme, dit-elle, est plus lucide que toi et moi. C’est mon chef et il se porte très bien. D’ailleurs, je ne pense pas si tu n’es pas en train de le confondre avec un autre homme, car, lui, il n’a pas bougé d’ici depuis plus de deux ans qu’il est à la tête de notre service.

- Je ne le connais certes pas, mais je suis formel. Cet homme est celui que nous avons vu poursuivre un faux marabout dans notre village le mois dernier.

- Quoi ?! Mon chef poursuivre un faux marabout à Sikoro ? Tu dois t’être trompé. 

- Puisque je te dis que c’est lui que j’ai vu là-bas sur la place publique en train de croquer des noix de colas avant de le voir poursuivre le faux marabout qui l’a arnaqué.

 

Oumoudjan était songeuse. Se pouvait-il que les propos de son neveu fussent fondés ? Son chef profiterait-il de ses prétendus suivis de proximité dans les villages environnants pour entreprendre des consultations occultes dans les villages reculés ?  Plusieurs fois pourtant il avait provoqué le débat sur les femmes qui perdaient leur argent à vouloir obtenir le bonheur auprès des marchands d’illusions. Et, à chaque fois, il avait démontré la nécessité de ne pas croire aux promesses de bonheur que ces gens pouvaient faire. Pour s’assurer que les propos de Mougou étaient réels, elle lui posa une dernière question.

 - Dans quel type de véhicule était-il ?

 - Il avait une Mercedes familiale de couleur bleue foncée, lui répondit Mougou.

             Elle était maintenant rassurée. La voiture en question était dans la cour de son chef sous une bâche et n’était jamais en circulation le jour. Elle l’avait vue un jour de façon fortuite chez leur mécanicien à tous les deux. Quand elle avait manifesté un intérêt pour la voiture, le mécanicien lui avait dit qu’elle appartenait à son chef et qu’il l’utilisait souvent pour aller dans son verger. Elle se rappela avoir dit à son interlocuteur que son chef n’avait pas de verger. Ce dernier avait alors rétorqué qu’il avait peut-être un deuxième bureau quelque part.

 

            Tout devenait clair pour Oumoudjan. Son chef, sous le prétexte d’effectuer des missions de suivi quand il s’adressait à ses collaborateurs et au motif d’aller dans son verger quand il était avec son mécanicien, passait ses fins de semaine dans la consultation des charlatans des villages les plus reculés. Elle comprit que les débats qu’il soulevait au bureau avaient pour motif réel de s’informer dans ce domaine.

 Ayant acquis la certitude que son chef les menait en bateau chaque fois qu’il leur donnait des conseils après avoir évoqué les mésaventures de telle ou telle connaissance, elle se promit de lui faire payer sa duplicité. Elle évoquerait la question le lendemain quand tout le monde se retrouverait à la cantine pour le déjeuner.

 Mais bien avant ce moment, Oumoudjan, profitant de ce qu’elle était seule avec Salimata dans le bureau lui fit part de ce qu’elle avait appris la veille. Celle-ci ne crut pas au départ. Sa voisine ayant juré sur la vie de ses enfants, elle finit par croire à ce qu’elle venait d’entendre. Aussitôt informée, Salimata ravit la vedette à Oumoudjan. En un laps de temps, tous les autres collaborateurs étaient informés de la duplicité de leur chef. Mieux, chacun savait désormais que ses suivis de proximité étaient consacrés à des consultations occultes. Mieux encore, on savait qu’il s’était fait ridiculisé dans un village en voulant croquer plus d’une centaine de noix de colas.

 

Mougou avait raconté la mésaventure du chef de sa tante à cette dernière et avait fait part des soixante-dix-sept noix de colas. Oumoudjan avait porté ce nombre à quatre-vingt-dix et Salimata à plus de cent vingt. La même Oumoudjan informa Bintoublén du fait que leur chef cherchait à lui faire du mal, car elle avait refusé ses avances.

 Mais Bintoublén ne se rappelait pas avoir une fois entendu des avances faites à elle par son chef. Elle se dit qu’Oumoudjan prêchait sans doute le faux pour savoir le vrai. Elle ne confirma ni n’infirma le discours de sa collègue. Oumoudjan interpréta ce silence comme un aveu et, toujours avant l’heure du déjeuner, elle fit circuler un autre bruit selon lequel leur chef entendait prendre Bintoublén comme seconde épouse et que ses consultations occultes étaient quelque part motivées par ce dessein.

 

A l’heure du déjeuner donc, Balla remarqua que tous ses collaborateurs le regardaient de façon bizarre. Certains murmuraient et se taisaient dès qu’il s’approchait de leur table. D’autres faisaient mine de ne pas le voir et parlaient tout de même d’un fait insolite survenu dans un village dont le nom lui était familier. Il était question dans cette histoire de noix de colas, de course-poursuite, de natte achetée à prix d’or et de marabout en fuite. A partir de tous ces détails, il eut la certitude que sa mésaventure s’était ébruitée. Il ne sut jamais comment cela s’était produit, vu que le village de Sikoro était l’un des plus enclavés du pays et qu’il n’y avait là-bas personne qui aurait pu l’identifier ce jour-là. Mais en même temps, il dut se rendre à l’évidence que le monde est petit et que des faits survenus dans un coin du globe pouvaient être aussitôt relayés aux quatre coins du monde. Quand bien même le pays était pauvre, la couverture télévisuelle était acceptable. En outre, la construction de routes avait contribué au désenclavement intérieur du pays. Sans compter que les habitants de la zone géographique dont relève Sikoro sont réputés mobiles et enclins à l’aventure.

Il baissa la tête et ne la releva que quand tous furent sortis de la cantine. Comme s’ils avaient compris sa gène, ses subordonnés se gardèrent bien ce jour-là de lui souhaiter, comme à l’accoutumée, bonne digestion et retournèrent les uns après les autres à leur travail. Pendant ce temps, Oumoudjan exultait. Elle avait, à sa manière, fait payer à Balla sa grande gueule. Désormais, se disait-elle, il ne se ferait plus passer pour un donneur de leçons aux femmes qu’il ne manquait pas de traiter de crédules quand elles avaient recours aux marabouts pour résoudre leurs problèmes. Il semblait oublier que les marabouts et autres charlatans étaient dans cette société, comme des psychologues et aidaient les femmes, mais aussi les hommes, à surmonter les difficultés du quotidien, à donner un sens à leur vie en l’agrémentant de rêves divers, en y maintenant un brin d’espoir.


Eclairage

Un nouveau mot dans le dictionnaire Larousse !

Je vous prie d'enregistrer le dernier mot de notre belle langue française, avec la définition par l'un de ses plus farouches défenseurs : Jean d'Ormesson.

INAPTOCRATIE : un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d'un nombre de producteurs en diminution continuelle.


Ni ko ma kè N°13 du 24/03/2017


Opinion

Mariage : le vrai, le faux et les apparences

   Le mariage scelle l’union de deux personnes, pour le meilleur et le «pur». Le pire ne devrait nullement avoir droit de cité dans le mariage. Seulement voilà, à cause de notre inconséquence, le mariage est devenu tout sauf ce qu’il devrait être. Les conjoints se rendent rapidement compte qu’ils se sont embarqués dans une galère ; qu’ils se sont trompés de partenaire. Certains s’y refugient délibérément pour fuir les réalités du quotidien ; d’autres optent pour le mariage parce que la famille, les relations leur mettent une pression dans ce sens.

 L’entourage se donne des libertés par rapport à la vie du couple qu’il essaie de régenter. On ne vit plus la relation à deux en fonction de nos attentes, mais suivant les codes que nous aurons indiqués cet entourage comme étant les meilleurs. Notre quotidien, notre train de vie ne sont plus conformes à nos moyens et à notre réalité ; ils sont déterminés par des gens qui n’ont rien à voir avec nous.

   Parce qu’on veut plaire aux autres plutôt que d’être en harmonie avec sa conscience, les mariés s’engagent dans des dépenses au-delà de leurs moyens, allant jusqu’à compromettre le bien-être de leur futur foyer. Le faste et l’ostentation se le disputent lors de cérémonies ruineuses. On se convainc à tort que le mariage est trop sérieux pour le célébrer à la légère. On oublie que les donneurs de leçons ne sont jamais là pour apporter leur contribution face aux ennuis découlant d’une telle gabegie.


Arrêt sur image

La voie de l'un passe souvent rapidement vers l'autre.
Mariage ou divorce?

Nouvelle

 Un honneur de trop

 Depuis une semaine, Minata faisait le tour de ses amies, cousines et belles sœurs. Sa demi-sœur, Lalla lui avait fait l’honneur de la désigner comme marraine pour le mariage de sa fille unique, Awa. Un jeune commerçant avait décidé de convoler en justes noces avec cette nièce et pour elle, il fallait faire de ce mariage un événement digne de mémoire collective dans ce quartier populaire. Seulement, la marraine n’avait pas les moyens de ses ambitions. Elle prit d’abord à crédit une recharge pour son téléphone pour battre le rappel de ses sœurs, amies et autres alliées. A chacune, elle expliquait avec force détails la dernière fois où elles s’étaient vues au mariage ou au baptême de telle ou telle connaissance et rappelait ce qu’elle avait offert comme cadeaux à cette occasion. Elle leur expliquait aussi qu’elle avait l’honneur d’être la marraine de la fille unique de sa demi-sœur et que plus qu’un honneur cela relevait du défi, car elle devait prouver à Lalla qu’elle était généreuse et mobilisatrice de foule. Elle demandait donc à toutes de venir la soutenir le jour du mariage tant moralement que matériellement.

             Etant en service dans une structure de micro crédit, elle s’endetta auprès de sa boîte pour un montant qu’elle refusa de communiquer à son entourage. De cette somme, elle préleva de quoi acheter à sa filleule des cadeaux de mariages : du bazin, plusieurs paires de boucles d’oreilles et des chaînes en or qu’une de ses amies amenait de Dubaï, des chaussures et des montres. La veille du mariage, elle amena sa filleule dans une boutique pour choisir des robes aux couleurs chatoyantes. Le jour du mariage, tôt le matin, elle se rendit dans le quartier résidentiel où vivait Lalla. Le fiancé, accompagné de sa marraine, dans un long cortège,  vint les chercher à bord d’une limousine louée pour l’occasion. Minata montait dans ce type de véhicule pour la première fois. D’émerveillement, elle ne cessait de contempler l’intérieur du véhicule. La climatisation lui parut trop forte, mais elle se garda de le signaler au conducteur, surtout en présence de son gendre et de sa marraine. Assise au-devant de la voiture, elle se mit à grelotter au bout d’une demi-heure. Il ne fallait surtout pas montrer qu’elle avait de la peine. Arrivé à la mairie centrale de Bamako, le cortège s’immobilisa devant le perron et seuls les mariés, en compagnie de leurs marraines et de leurs témoins, furent autorisés à intégrer la salle des délibérations, suivant une disposition du conseil municipal qui avait tenté auparavant tous les moyens pour éviter les cortèges interminables à travers la ville.

             Juste au seuil de la salle, un griot sorti d’on ne sait où appela Minata par son surnom familier, Mi, et se mit à chanter ses louanges. Il retraça sa lignée devant l’auditoire ébahi. D’où venait donc cet inconnu ? Elle l’ignorait. Toujours était-il qu’il la connaissait, et même très bien. Il fit par exemple allusion à ses frères et sœurs en les citant nommément ainsi qu’à ce qu’il appelait les hauts faits posés par leur ancêtre, Djigui. Ce dernier, disait le barde, avait à lui seul, tué un lion dans la forêt, l’avait dépecé et découpé avant de demander aux villageois d’aller à tel endroit prendre de la viande qu’il leur offrait. C’était seulement après le retour des villageois qu’il leur montra la peau et la queue du fauve. Il parla au moins quinze minutes durant et l’assistance commença à former un cercle autour d’eux. Emportée par l’émotion, Minata ouvrit son portefeuille et en sortit des billets de banque craquants qu’elle jeta à la volée en direction de l’aède. Celui-ci fut davantage motivé dans son envolée. Des détails jusque-là inconnus de leur histoire familiale furent révélés à Minata et à ses proches. Ils en doutaient tellement certains points étaient invraisemblables. Mais le lieu était mal choisi pour demander à quelqu’un qui semblait bien les connaître la preuve de certaines de ses déclarations, surtout qu’il embellissait leur histoire familiale. A la suite de Minata, ses amies, sœurs et autres connaissances firent une longue procession et remirent chacun une certaine somme au griot. D’une main il recevait l’argent ; de l’autre, il faisait des gestes pour ponctuer son discours. La scène aurait pu durer plus longtemps si Modibo, un ami du jeune commerçant désigné par celui-ci pour assurer le protocole le jour du mariage n’y avait mis fin. Il poussa en effet les mariés vers la salle de délibération malgré les protestations de Djéli Madou. 

             En attendant la sortie du couple et de ses accompagnateurs, le griot se baissa et ramassa les billets de banque qui traînaient au sol et dans les parterres. Il en fit le décompte et les empocha. Il alla s’asseoir dans un coin, attendant patiemment d’autres couples. Car, Djéli Madou ne connaissait nullement Minata ni ses mariés. Il avait pris l’habitude de faire un tour à la mairie centrale de Bamako et de s’informer tant bien que mal sur les futurs candidats au mariage à partir des déclarations faites auprès des maires. Il avait semble-t-il des complices qui lui permettaient d’avoir des informations sur les mariages à venir. Quand les informations le permettaient, il allait dans le secteur d’habitation des mariés et là, il menait sa petite enquête sur toutes les personnes concernées par l’événement. Dans le cas d’espèce, il s’était rendu dans la famille de Lalla et apprit là que c’était sa sœur Minata qui était la marraine. Il s’informa sur elle et sut qu’elle travaillait dans une institution financière. Il se fit indiquer la maison de sa cible mais renonça à s’y présenter lorsqu’il apprit qu’elle vivait dans le quartier spontané de « En attendant ». Il alla donc l’attendre à la mairie et se dit qu’il avait la possibilité de se faire de l’argent sans avoir à trop se déplacer.

             Au bout de trente minutes, le couple sortit de la salle, souriant à tout vent et arborant chacun une bague d’alliance au doigt. Djéli Madou se précipita dans leur direction mais fut bousculé par Modibo qui voulait frayer un passage à ses mariés. Le griot recula et alla les rencontrer dix mètres plus loin. Il reprit les louanges de plus belle. Des billets de banque se mirent à tournoyer à nouveau dans l’air avant de tomber au sol ou dans les parterres. Voyant que le cortège avançait, il se baissa pour ramasser rapidement son gain. Modibo en profita pour pousser le tout nouveau couple vers la limousine que le conducteur avait avancée vers le perron. Le couple s’y engouffra et disparut dans un nuage de poussière et le tintamarre des klaxons. Djéli Madou qui venait de remarquer la limousine se dit qu’il y avait beaucoup à gagner à ce mariage. Il enfourcha donc rapidement sa moto bécane et suivit le cortège, convaincu que la première halte se ferait dans la famille de la mariée, là où il avait eu des informations sur Minata.

             Au quartier résidentiel de Taayoro, Djéli Madou et plusieurs autres se relayèrent pour chanter les louanges de Minata et de ses frères et sœurs. C’était suffisant pour la famille Dinga d’inonder l’assistance de billets de banque. Des amies venaient auprès de Minata, lui soulevaient le bras en témoignage de leur soutien et lui glissaient d’autres billets qu’elle remettait aussitôt aux griots. Après un temps consacré aux salutations dans la famille de la nouvelle mariée et la prise de quelques photos, le couple fit un rapide tour des proches pour les salutations d’usage. Partout c’était le même scénario. Les griots évoquaient les prouesses de la famille Dinga et étaient inondés de cadeaux divers. La fête se poursuivit tout l’après-midi. Au crépuscule, la mariée fut conduite chez son marié et ce fut à ce moment seulement que Djéli Madou quitta la famille.

           Minata en rentrant chez elle ce soir-là faisait mentalement le bilan de l’argent qu’elle avait distribué en une journée à des inconnus. Elle ne parvenait pas à arrêter un montant, vu qu’elle y avait englouti tout le reste du prêt qui n’avait pas été utilisé pour les cadeaux offerts à la nouvelle mariée. Et puis, tout ce que ses amies lui remettaient était immédiatement donné aux griots. Elle savait qu’elle avait perdu beaucoup d’argent. Mais elle se disait qu’il le fallait pour être digne du choix porté sur elle.


Eclairage

Le bon usage du verbe " passer" 1er groupe: il est transitif direct et intransitif.
Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir ou l'auxiliaire être.
Le verbe "passer" se conjugue à un temps composé avec l'auxiliaire être : ...
Exemples:
- Le train #est finalement passé par kita.
- Il #est passé en deuxième année sans difficulté.
-La belle époque #est passée.
-je #suis passé par l'école.

#Pour terminer cette petite leçon, je voudrais attirer l'attention de mes lecteurs sur un constat au sujet d'un usage erroné du verbe passer , mais très fréquent, il s'agit de: #partout où la délégation #a_passé, le constat est le même#
L'usage correct est: #Partout où la délégation #est_passée, le constat est le même.

Contribution de Mahmoud Almahady MAÏGA, Professeur de Lettres Modernes au Lycée Sportif Ben Oumar SY de Kabala.


Ni ko ma kè N°12 du 17/03/2017


Opinion

En Afrique, beaucoup de personnes accordent une place importante aux praticiens des arts divinatoires.
Un praticien des arts divinatoires

 Destin : Ces charlatans qui nous agressent…

 Il n’est plus possible de capter une radio de proximité à Bamako avec le dessein de savourer le texte raffiné des spots publicitaires en français ou dans nos langues nationales. Ou presque ! Les plages publicitaires sont désormais dévolues à un nouveau type de produits et de prestataires. En longueur de journée, nous entendons des hommes se vanter de pouvoir changer le destin de leur prochain grâce à des pouvoirs occultes dont ils seraient détenteurs.

 Connaissant parfaitement les problèmes dont souffrent les Maliens, ils proposent pêle-mêle des facilités pour l’obtention du visa en un laps de temps, pour les candidats à l’émigration ; un emploi bien rémunéré pour les jeunes diplômés sans emploi ; le mari idéal pour les jeunes femmes célibataires ; la promotion pour les fonctionnaires ; la fortune pour les commerçants et autres hommes d’affaire ; des remèdes pour presque toutes les maladies...

Même les réseaux sociaux sont aujourd’hui utilisés pour leur permettre de toucher le maximum de personnes et dans les meilleurs délais. Faut-il douter de leur science et mettre tout ce tintamarre au compte de la publicité, qui peut être mensongère ? Faut-il accorder du crédit à tout ce qui s’y raconte et nier la responsabilité de l’homme dans la construction de son devenir ? Une chose est sûre : tout ce qui brille n’est pas d’or. En plus, la publicité a pour but de nous faire désirer l’indésirable.


Arrêt sur image

Bénéficiant d'une grande liberté, des hommes se prétendant dotés de pouvoirs occultes, proposent la solution à une multitude de problèmes qui assaillent les populations.
Affiche publicitaire d'un tradipraticien

Nouvelle

Voici la preuve par l'absurde que certains illusionnistes peuvent continuer à faire rêver les personnes crédules.
Des cantines remplies de billets de banques

 Un marchand d’illusions…

 En ce mois de mars finissant, le soleil dardait des rayons impitoyables. Les habitants de Sikoro s’étaient réfugiés dans les vestibules ou sous les hangars. Les chiens, troublés par la chaleur, se faufilaient entre les personnes et les objets. Certains se vautraient dans des flaques d’eau. D’autres s’assoupissaient dans les maisons. Seuls les enfants, insensibles à la canicule ou insouciants de ses éventuelles conséquences, poursuivaient de pauvres margouillats munis de lance-pierres et de fouets. Ces bêtes, désolés et hagards, cherchaient refuge au flanc des murs. Tout était calme dans cette bourgade. Ou presque, car, dans la cour de Ladji, le défilé des clients était ininterrompu depuis une semaine au moins. Bouriyaya, un de ses cousins était revenu de l’Est avec des connaissances jusque-là ignorées des habitants de Sikoro. Il avait, aux dires de certains, la possibilité de transformer des feuilles d’arbre en billets de banque craquants. Il pouvait également, à force de les frotter l’une contre l’autre, faire jaillir de ses paumes une quantité importante d’eau. Il présentait à l’auditoire médusé une cantine vide pour l’ouvrir peu après rempli d’objets hétéroclites : miroirs, montres, téléphones portables et bien d’autres gadgets. Comment procédait-il ? Personne ne saurait le dire. Toujours était-il qu’au bout d’une semaine, sa renommée avait dépassé les frontières de Sikoro. Des gens de toutes les conditions se relayaient chez lui pour des motifs divers. Des rumeurs faisaient cas de personnalités qui venaient de Bamako à des heures indues solliciter son concours pour conserver leur standing ou connaître une ascension fulgurante dans leur carrière.

             La présidentielle s’annonçait rude entre le candidat du Kabakoton et celui du Cèsiriton. La classe politique et les chercheurs de place étaient des clients potentiels de Bouriyaya. Ce dernier, de l’avis de certains, pourrait aider le candidat du Kabakoton, en dépit des normes sociologiques, à remporter la présidentielle. Dans ce pays, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres sous les tropiques, la démocratie avait été adaptée aux réalités locales : le multipartisme intégral avait pris une nouvelle connotation et une foultitude de partis avaient été créés. L’achat des consciences, le tribalisme ambiant et le sectarisme aidant, le candidat le moins attendu pouvait être élu. En sortant de chez Bouriyaya, ses patients faisaient toutes sortes de sacrifices. Des moutons, boucs et taureaux étaient achetés et immolés pour apaiser les génies ou susciter leur concours. Des décoctions d’arbres étaient préparées, utilisées dans des bains nocturnes à des heures indues et les résidus déversées au carrefour menant au marché de Sikoro. Tout cela était devenu si naturel, presque banal pour les habitants de la bourgade…

             Et puis, un jour, les habitants de Sikoro furent tirés de leur torpeur par un spectacle insolite. Sous un soleil des plus ardents, un homme, haut placé de l’administration publique, l’air jovial, était assis sur une natte au beau milieu de la seule grande voie du village, mâchant une quantité impressionnante de noix de colas : il lui avait été prescrit par l’homme de science, pour être au sein du prochain gouvernement, de croquer au total soixante-dix-sept noix de colas blanches des plus grosses, sans prononcer un seul mot, à cet endroit précis et à ce moment-là. Il lui avait également dit que s’il voulait conduire l’attelage gouvernemental, il pouvait amener ce nombre à cent onze. Il entama donc sa besogne sans se préoccuper des curieux qui s’attroupaient. L’une après l’autre, il croquait bruyamment les colas. Au début, la chose paraissait aisée. Mais à partir de la quatrième, tout se gâta, car le ministrable commençait à sentir des douleurs atroces le long des mâchoires. Malgré tout, comme pour défier son assistance, il continuait à croquer ses colas. A partir de la septième, son regard devint hagard et son repas prit un goût amer.  La salive se faisait rare dans sa bouche ; sa gorge s’asséchait. Quand il mit la huitième noix de cola dans la bouche, deux grosses larmes perlèrent le long de ses joues. Avait-il mal ou bien venait-il de se rendre à l’évidence que la mission était impossible ? Personne ne sut exactement la raison de ce changement d’état. Il se leva cependant, ramassa le sachet contenant le reste de colas ainsi que la natte sur laquelle il était assis. Il se dirigea d’un pas résolu vers la demeure de Bouriyaya. Arrivé à la hauteur de la femme qui lui avait vendu la natte, il la lui jeta à la figure sous le regard amusé des enfants.

 Alerté par son sixième sens, Bouriyaya se leva de sa salle de consultation à ce moment précis et se dirigea vers la porte de la cour. Voyant que son client revenait plus tôt que prévu et constatant qu’il arborait un air menaçant, il détala sans demander ses restes. Monsieur l’ancien futur ministre, qui venait d’avoir la preuve de la supercherie, se mit à ses trousses. Pour avoir la vie sauve, Bouriyaya abandonna le dédale des rues pour le terrain plat des champs. Il accéléra et put prendre de l’avance sur Balla. Ce dernier, voyant qu’il ne pourrait pas le rattraper, rebroussa chemin et se rendit dans la cour de Ladji où il prit à parti tout le monde. Il s’acharna sur la porte de la chambre que son arnaqueur occupait. Il voulait y mettre le feu. Mais quelqu’un, après la fuite de Bouriyaya avait pris soin de la refermer à clé. N’ayant pu l’ouvrir, il sortit de la cour sans un mot, le regard plein de hargne. Il prit sa voiture et se dirigea, penaud, vers la capitale. Il se donna bonne conscience cependant : les faits s’étaient déroulés dans une bourgade située à mille lieues de la capitale et sans couverture télévisuelle. Il n’y avait donc pas de risque que cela fût connu de ses voisins ou collaborateurs à Bamako.

 Balla, notre ancien futur ministre avait entendu parler du faiseur de miracles par le biais de son homme de confiance : Mossa. Ce dernier était avec lui chaque fois que les circonstances le permettaient et était d’un appui certain dans toutes ses activités. Il était pour lui un ami, un confident, un frère… Quand ce dernier lui vanta les prouesses de Bouriyaya, il n’hésita pas un seul instant, convaincu que l’information était fiable. Après tout, ils avaient effectué beaucoup de choses ensemble et Mossa s’était révélé sûr, à tous les coups. Aux abords de Bamako, il alluma l’autoradio pour se distraire. Il tomba sur une station qui diffusait à sa grande joie une chanson à la vogue, qui plus est une création de son chanteur préféré. Mais au bout d’un instant, un speaker annonça la page publicitaire. Le premier élément faisait cas d’un homme qui se vantait de pouvoir résoudre en un laps de temps tous les problèmes humains : le manque d’affection, la pauvreté, la malchance, l’échec scolaire, l’impuissance sexuelle, les maladies cardiovasculaires, les MST entre autres. Balla reconnut la voix de… Bouriyaya, l’homme même qui l’avait humilié. Il proféra un juron puis éteignit l’autoradio. Ce secteur, pensa-t-il, devait être régulé : les radios libres, à la faveur de la démocratie, avaient été créées à foison. Il y en avait de toutes sortes : commerciales, confessionnelles, associatives… La formation des personnels n’avait pas suivi pour autant. Les règles de déontologie étaient foulées au pied en longueur de journée. Pire, des charlatans de tout acabit, sous prétexte d’aider les nécessiteux, promettaient monts et merveilles à des populations crédules. Balla pensa, à juste raison, que certaines devaient être fermées à jamais.


Eclairage

LE "NE" EXPLÉTIF

 

Il s'agit d'une particule qui renforce une idée d'antériorité, de crainte ou d'inégalité. À ne pas confondre avec le "ne" négatif employé seul (exemple: Je ne peux vous répondre.)
Le "ne" explétif est un indice de langue soutenue. Il s'emploie:

1. Après certaines conjonctions :avant que, à moins que
Exemples: Travailler avant qu'il ne soit trop tard. Je sortirai ce soir à moins qu'il ne pleuve.
2. Après les expressions de crainte ou d'empêchement

 - Les conjonctions de crainte que, de peur que
- Les verbes craindre que, avoir peur que, redouter que, trembler que, empêcher que, éviter que
Exemples: Je crains que vous ne soyez fatiguée après ce long voyage. L'hôtesse de l'air répète les consignes de sécurité pour éviter que les passagers ne les oublient.

 3. Devant un verbe, après une comparaison d'inégalité (plus, moins, autre) ("ne" renforce l'idée d'inégalité)

 Exemples: Vous parlez plus que vous n'agissez. Elle se dissipe beaucoup moins qu'on ne le croit.

 4. Après les adverbes de doute et de négation employés à la forme négative pour exprimer une idée positive.

Exemples: Je ne doute pas que vous ne fassiez des progrès. Nul doute qu'elle n'ait compris (il est certain qu'elle a compris.). Vous ne niez pas que vous n'ayez déjà vu l'assassin présumé.

Source: Grammaire-FLE


Ni ko ma kè N°11 du 10/03/2017


Opinion

Image d'illustration d'une agression sexuelle
Image d'illustration d'une agression sexuelle

 Viol : une indicible bassesse

 Le viol est un rapport sexuel infligé sous la contrainte. Selon le site Planetscope.com, il se commet 685 viols par jour, soit 250 000 viols chaque année dans le monde. Il s’agit bien sûr des viols déclarés. Les Etats-Unis à eux seuls enregistrent 84 767 cas par ans, 66 196 en Afrique du Sud et 22 172 en Inde. Quid de l’Afrique, du Mali ? Il serait difficile d’obtenir des statistiques pour notre pays, tant il est vrai que le phénomène relève du tabou et que les victimes ont de la peine à se déclarer encore moins à porter plainte. Pour autant, le viol est une réalité sociale assez répandue.

 Qu’est-ce qui peut pousser un homme, ou un groupe d’hommes, à porter atteinte à l’intégrité, à l’honneur et à la dignité d’une femme ? Qu’est-ce qui se passe dans la tête des bourreaux avant leur forfait ? Est-ce une pulsion, une maladie, la certitude que rien ne leur arrivera après ? Autant de questions qui méritent réflexion.

Ce qui est aberrant, c’est le sentiment d’impunité dont bénéficient les bourreaux au niveau de la société. Les victimes qui veulent porter plainte en sont dissuadées. Plutôt que d’être soutenues et accompagnées dans leur combat, elles sont traitées de filles légères voire de complicité passive dans le sort qui leur arrive. L’innommable est atteint lorsque les belligérants des conflits utilisent le viol comme arme de guerre sans se préoccuper plus tard des conséquences possibles de leurs actes. Les acteurs publics, la société civile et les médias devraient apprendre à s’indigner face à ce fléau.


Arrêt sur image

Affiche d'une campagne de lutte contre le viol
Affiche d'une campagne de lutte contre le viol

Nouvelle

Illustration d'une agression sexuelle
Illustration d'une agression sexuelle

 

La bataille des génies…
Ismaël, exténué, avait une seule envie : dormir. Soupçonné dans l'enlèvement, la séquestration, le viol et la disparition de Gafouré, il avait décidé de se faire oublier. Il sombra dans un profond sommeil. Gafouré rentra dans la concession de Ba Dramane, repéra la chambre d’Ismaël et s'y dirigea d’un pas résolu. Elle regarda derrière elle puis y pénétra furtivement, referma la porte, sortit un couteau de sous son pagne, s’approcha d’Ismaël, souleva son bras et, hurlant, s’abattit sur lui. Ismaël se réveilla en sueur.
Ce cauchemar, il le faisait pour la troisième nuit consécutive. Il ne devait pas être associé au meurtre de cette étudiante. Seulement, il n’avait pas su résister à la tentation quand il l'avait trouvée là, à la merci de ses bourreaux. Il devait décliner l'offre. Mais la bête en lui s’était manifestée. Après, il réalisa qu’il venait de commettre la pire bêtise de sa vie: participer à un viol groupé à visage découvert. Or, il était d’une famille réputée et la victime le connaissait. Elle les dénoncerait, une fois libérée. Il isola Solo et s’ouvrit à lui de ses inquiétudes. Solo, ivre, n'entendait rien. Il voulait assouvir sa libido, encore et encore. Il y était d’ailleurs quand elle rendit l’âme. Ismaël, récidiviste, savait qu'on ne devait pas parler de lui à la police…
Une nuit, tardivement, il était avec des amis quand deux demoiselles entrèrent dans leur chambre. L’une, habituée des lieux, demanda à s’entretenir avec Barou. Peu après, ce dernier revint seul. Il apostropha l’autre demoiselle, la gifla avant de la contraindre à les subir, tour à tour. Quand ils eurent fini, elle ne tenait plus sur ses pieds. Elle se sentait souillée et pleurait tout son saoul. Son téléphone lui ayant été arraché, elle se confia à des passants pour appeler un proche. Il arriva peu après, l’aida à se laver, à laver ses habits et à revenir progressivement de ses émotions; il l’emmena le lendemain à l’hôpital pour une consultation et les premiers soins.
Ce jour-là et les jours suivants, Makoro ne dormit point. Des mains baladeuses hantaient son sommeil. Elle se réveillait en larmes et ne dormait plus. Un jour, elle se rendit au commissariat et porta plainte. L’inspecteur l’écouta calmement ; posa quelques questions. Ayant compris que les présumés coupables étaient de parents aisés, il entreprit de l'intimider. N'ayant pas pu la séduire, il la rabroua et la renvoya de son bureau. Makoro décida alors de laver l’affront, à sa manière…
Dès l’aube, elle prit le chemin de Sikoro. Un devin réputé y vivait. Elle y arriva au petit matin. Elle le salua et lui raconta sa mésaventure. Il promit de l’aider, se dirigea vers le fond de la case et en revint avec un fétiche et une bouteille de vin. Il s’assit sur une peau de bœuf, prononça des incantations, fit une libation et s'adressa au fétiche. De ses incantations, Makoro entendit: «Les faibles se confient aux puissants ; les humains demandent l’aide de Dieu ; moi, je demande ton soutien. Je t’implores. Fais en sorte que tous ceux qui ont souillé l’honneur de cette fille soient punis. Que tes marques soient fatales. Je m’en remets à toi et je sais compter sur toi, sur toi seul!»
Après une pause, il se tourna vers Makoro et dit : «Vas, ma fille. Les gens qui t’ont offensée l’apprendront à leurs dépens. Ils feront pire bientôt et iront eux-mêmes se rendre aux autorités. Là, ils avoueront le crime commis à ton endroit. Je te le promets, eux et leurs complices subiront un triste sort, une triste fin!»
Ismaël ne comprenait pas ses cauchemars. Ils avaient consulté un devin du clan des forgerons. Les faits étaient graves. Mais Binadian ne pouvait rien refuser à son neveu Biratiguè qui avait intercédé en leur faveur. Il consulta les oracles, fit des offrandes et leur donna l’assurance que personne ne remonterait à eux. Ils devaient jeter les effets de la défunte dans un puits et camoufler son odeurpar des charognes. Les mutations successives de l’inspecteur et du procureur chargés du dossier deux mois après les avaient rassurés. Mais voilà que cette histoire lui revenait à nouveau. Alarmé par ses cauchemars, il ne dormait plus. Il avait perdu l’appétit et maigrissait à vue d’œil. Ba Dramane chercha en vain à comprendre ce qui lui arrivait. Il l'amena en consultation mais apprit qu’il n’avait rien. Il l’encouragea à sortir pour oublier sa mélancolie. Ismaël cependant ne pensait qu’à une chose : libérer sa conscience. Il prit son téléphone, composa le numéro de… Biratiguè.


Eclairage

 EVITEZ LES EXPRESSIONS A GAUCHE DES POINTILLES ET DITES CELLES D’A DROITE
(Peut-être que vous, vous ne les confondez pas, mais d'autres le pourraient...)
Il est autant pauvre que moi…… il est aussi pauvre que moi
Jusqu’aujourd’hui……….. Jusqu’à aujourd’hui
Au plan littéraire, politique…… sur le plan littéraire, politique
Je demande après lui…… je le demande
Il doit avoir 5 à 6 enfants…… il doit avoir 5 ou 6 enfants
Lui aussi n’est pas marié……. lui non plus n’est pas marié
Cela s’avère faux…… cela se révèle faux
Voici combien vous gagnez……voici ce que vous gagnez
Commémorer un anniversaire, un mariage…… célébrer un anniversaire, un mariage
C’est une copie conforme avec….. C’est une copie conforme à
Il a débuté la réunion par…… Il a ouvert la réunion par
Il nous appelle depuis Paris… il nous appelle de Paris
Il s’est en allé…... il s’en est allé
C’est un faux prétexte……. c’est un prétexte
Lave tes mains…….. Lave- toi les mains
Malgré que vous soyez… bien que vous soyez…
Pallier à un défaut, un mal… Pallier un défaut, un mal
Il va de mal en pire….. Il va de mal en pis
Je préfère laisser que risquer…..je préfère laisser plutôt que risquer
Je m’en rappelle…… je me le rappelle
Suite à votre demande….. Comme suite à votre demande
Je m’en vais vous dire que….. je vais vous dire que
Etre sévère vis- à- vis de… être sévère envers
Grâce à cette faute, ce mal……à cause de cette faute, ce mal
Il risque de passer….il a des chances de réussir
Il s’est fâché contre tous ses proches….. Il s’est fâché avec tous ses proches
Se baser sur……. se fonder sur
De gros progrès…… de grands progrès, de grands efforts
Monter les escaliers….. Monter l’escalier
Traverser le pont….. Passer le pont
Je n’aime pas qu’on me coupe quand je parle….. Je n’aime pas qu’on me coupe la parole
Partir au marché …..Partir pour le marché, pour les champs
D’ici demain….. D’ici à demain
Les risques sont réduits au maximum……. les risques sont réduits au minimum
C’est ma première fois ……c’est la première fois…
Par finir…. pour finir
Je vous promets qu’il est là …..Je vous assure qu’il est là
Elle a retrouvé la vue, la santé….. Elle a recouvré la vue, la santé
C’est de ma faute….c’est ma faute
J’ai fait la France….. J’ai visité la France
Je vous souhaite mes condoléances…..je vous présente mes condoléances
Emotionner les spectateurs…… émouvoir les spectateurs
Hésiter entre deux alternatives….. Hésiter entre deux éventualités
Mon analyse de la situation….. Je pense que
Permanemment……. en permanence
Ce point mérite d’attirer votre attention….. Ce point est important
Je vous informe que… je vous fais connaître que…
votre demande d’emploi (en parlant de l’entreprise)….. votre offre d’emploi (en parlant de l’entreprise)
Nous allons grever….. Nous allons faire la grève
Nous allons siester….. Nous allons faire la sieste
Je l’attends, ça fait deux heures…… je l’attends depuis deux heures
Dès que possible…… le plus tôt qu’il nous sera possible
Quelle heure fait-il ?....Quelle heure est-il ?
Messieurs, dames….. Mes dames et messieurs
Il a été roulé…… il a été berné, dupé
Petit livret……. petit livre, livret
Il me fixe dans les yeux…. il me fixe
Au jour d’aujourd’hui….. Aujourd’hui

Contribution de Mamadou Diallo, Professeur de Lettres Modernes au Lycée Mamadou M'Bodj de Sébénikoro


Ni ko ma kè N°010 du 03/03/17


Opinion

Aide-ménagère : Quand les femmes exploitent les femmes!
Aide-ménagère : Quand les femmes exploitent les femmes!

Aide-ménagères : Silence, on exploite !

 

Aujourd’hui, à Bamako et dans les centres urbains, des jeunes filles de tous les âges sont engagées comme bonnes à tout faire dans les ménages. Premières à se lever, elles sont les dernières à se coucher après avoir effectué des tâches domestiques qui relèvent davantage à la corvée si ce n’est à une forme d’esclavage : la lessive, la vaisselle, les courses au marché, l’entretien de la cour et du salon voire des chambres…

 

Malgré toutes les tâches qui pèsent sur elles, elles vivent dans des conditions difficiles. Certaines bénéficient à peine du minimum vital pour reprendre des forces et continuer le travail ; elles dorment pour la plupart dans des réduits ; le recouvrement de leur paie relève bien souvent d’un véritable parcours du combattant.

 

Le sort de ces jeunes filles est d’autant plus révoltant qu’il est le fait d’autres femmes travailleuses ou leaders politiques et syndicaux. Au moment même où elles se battent pour « améliorer les conditions de vie et de travail des femmes en vue de leur autonomisation », elles soumettent d’autres femmes à une autre forme d’esclavage qui ne dit pas son nom.

 


Arrêt sur image

Une aide-ménagère outillée adéquatement
Une aide-ménagère outillée adéquatement

Nouvelle

Une jeune aide-ménagère
Une jeune aide-ménagère

Les secrets de Binta…

 

Binta était là, plantureuse, au milieu de la cour. Elle s’y était installée de façon à voir tout ce qui s’y déroulait. Du lever au coucher du soleil, elle régentait la vie de la maisonnée à partir de cet observatoire qu’elle s’était créée. Tous les faits et gestes des membres de la famille était sus d’elle. Personne ne pouvait non plus venir de l’extérieur et échapper à son contrôle. Elle dominait donc la maisonnée, hommes et animaux compris. De sa position, sans jamais sortir de la cour, ou presque, elle était informée de tout ce qui se passait dans le quartier. Sa radio n’était jamais éteinte, certes. Mais elle avait d’autres sources d’information, en particulier les jeunes de la concession et du voisinage qui guettaient le moment où elle posait son thé quotidien pour l’envahir.

 Binta savait donc tout. Jusqu’aux infidélités de son mari. Mais, le genre de personne qu’elle est, prompt à s’immiscer dans la vie privée voire l’intimité des autres, ne laissait rien transparaître de son cas qui est loin d’être reluisant. Elle avait découvert cela un jour qu’elle avait voulu jouer à la plus intelligente avec sa bonne à tout faire. Minata avait changé d’aspect et devenait de plus en plus coquette, voire ravissante. Son comportement vestimentaire avait changé. Elle s’était achetée de nouveaux habits à la friperie avec sa dernière paie ainsi qu’un trousseau de maquillage. Aussi accordait-elle plus de temps et de soin à sa personne. Aussitôt après le ménage, elle disparaissait dans la toilette et n’en ressortait que métamorphosée, toujours splendide. Elle n’était plus cette fille crasseuse que Binta avait engagée plus par pitié que par nécessité.

 Ce jour-là, Binta s’était réveillée de mauvaise humeur. Au saut du lit déjà, elle avait glissée sur les traces laissées par un flacon de parfum qu’elle avait cassé la veille et qu’elle avait eu la paresse de balayer, remettant cela au lendemain. Elle s’était foulée le pied et se tordit de douleur pendant de longues minutes. Ensuite, en sortant de la douche après la toilette, elle avait trébuchée contre une bouilloire que son mari avait laissé trainer là, par inadvertance. Elle imputa tout cela au manque de bienveillance envers les pauvres et autres démunis. Elle se promit de remédier à cela en accédant à la demande des nécessiteux qui l’aborderaient au fil de la journée…

 En allant à la boutique du coin où elle se rendait quelques rares fois pour ses courses, elle croisa un gamin en train de pleurer. Elle s’enquit de sa situation et faillit tomber à la renverse en apprenant la cause de ses pleurs : le garçon avait été envoyé pour des achats à la boutique. Il avait une pièce de cent francs dans chaque main, l’une pour acheter du sucre et l’autre pour acheter du sel. Il ne savait plus laquelle des pièces était destinée à l’achat du sucre ni laquelle devait servir pour le sel. Binta entreprit de le calmer. Mais rien n’y fit. Il pleura tout son saoul, convaincu que sa mère le battrait sévèrement si jamais il se trompait. Un groupe se constitua aussitôt autour de lui. Chacun voulant comprendre les raisons de ses pleurs. Il avait fallu l’arrivée d’un autre jeune du quartier pour lui prendre les deux pièces et lui faire comprendre qu’elles avaient la même valeur. Mais pour lui simplifier la tâche, il lui demanda de remettre les deux pièces au vendeur et de lui expliquer qu’il avait besoin de sel et de sucre. Ce qu’il fit.

Après ce garçon pour qui elle éprouva de la peine, Binta se trouva nez à nez avec Minata, une adolescente à la recherche d’un emploi d’aide-ménagère. Elle portait une jupe élimée et un body qui laissait entrevoir des seins naissants. Son bagage était constitué d’un balluchon dans lequel était rangé tout ce qu’elle avait comme effets personnels, c'est-à-dire deux justaucorps, l’une à l’effigie de Beyoncé et l’autre présentant Rihana ; un pagne et une jupe au teint douteux. Binta avait justement besoin d’aide-ménagère. Elles discutèrent et tombèrent d’accord : elle ferait quotidiennement le ménage et tout autre travail domestique à la demande de Binta ou de son mari…

Minata devint très vite la coqueluche du quartier. Derrière ses airs de sauvageonne, elle arborait un sourire qui faisait chavirer bien des cœurs, en premier lieu celui de son patron. Il y avait de quoi : elle avait des rondeurs placées au bon endroit et son déhanchement naturel mettait en exergue la protubérance de son postérieur ; en plus, elle était joviale.

Salif n’adressait jamais la parole à Minata devant son épouse. Il se devait d’honorer son image de notable, en sa qualité de conseiller du chef de quartier. Chaque fois qu’il y avait un problème urgent à régler dans un foyer, il était expressément dépêché par le chef de quartier qui lui faisait entièrement confiance pour trouver une solution au différend. Il n’était pas indifférent au charme de sa servante, cependant. Il trainait délibérément à son grin le soir et trouvait le moyen de lui adresser de temps en temps un compliment sur sa beauté naturelle et toutes les promesses qui y étaient associées quand elle venait ramasser les chaises. Mais la distance séparant la maison de son grin était assez courte et il n’avait pas la possibilité de lui en dire plus. Et puis, un jour, une triste nouvelle parvint à sa femme : son frère avait péri dans la bousculade meurtrière à Mina. Elle ramassa rapidement tout ce qu’elle pouvait comme effets personnels et partit pour une durée non encore déterminée. De toute façon, Salif avait un projet personnel et ne se préoccupait pas de détails quant à son retour dans l’immédiat.

La nature a horreur du vide. Minata avait changé. Binta ne pouvait pas se douter qu’en un mois, sa bonne eût pu se transformer de la sorte. Chaque fois qu’elle l’appelait ou qu’il entreprenait de lui donner des nouvelles de la maisonnée, Salif lui transmettait les salutations de sa servante laquelle, selon lui, avait un comportement exemplaire et était d’une attention toute particulière à son endroit. Elle préparait bien le couscous aux feuilles qu’il affectionnait et n’était pas du même genre que la précédente servante qui sortait toutes les nuits pour ne revenir qu’à des heures indues.

 Profitant donc de l’absence de son épouse, Salif fit des avances à Minata. Elle prit peur et objecta qu’il était trop vieux pour elle, qu’il avait même l’âge de son père. Mais rien n’y fit. Il trouva des arguments pour la convaincre d’accepter cette aventure. Sa patronne ? Elle n’en saura rien ! Et les voisins ? Ce n’était pas leur problème. Et si elle tombait enceinte ? Il n’y avait pas de risque que cela survint, du moment que la contraception était développée et qu’il utiliserait des préservatifs.

 En dépit de toutes ces assurances, Minata se retrouva cependant, au bout de quelques semaines, en proie à la nausée, à des céphalées, le corps engourdi… les résultats de l’échographie conseillée par le médecin étaient sans appel : ce qui devait arriver, arriva. Son ventre avait rapidement pris du volume. Elle devra dans les conditions normales s’attendre à la naissance d’un bébé. Et déjà, le médecin était en train de féliciter le futur père. Salif cependant n’entendait plus rien. Il faudra assumer cette nouvelle responsabilité avec tout ce que cela comportait comme risques pour lui, notable le mieux côté parmi les conseillers du chef de quartier. Il subirait entre autres les quolibets du voisinage, les sarcasmes de ses belles sœurs, les jérémiades de sa belle-mère, les reproches de la servante, les sous-entendus de l’imam dans ses prochains sermons et, surtout, les foudres de Binta.

 Et puis, au terme d’un séjour qui avait pris plus de temps que prévu, Binta regagna le foyer conjugal. Elle était restée quatre mois et dix jours, correspondant à la période de viduité pour ses belles sœurs. Contrairement à ses habitudes, Salif n’alla pas à sa rencontre à la gare routière. Elle dut emprunter un taxi. A son arrivée, Binta trouva la porte de son appartement entrebâillée. Elle entra dans la chambre et déposa ses affaires sans lui adresser un mot. Salif était allongé sur le dos. Il se doutait bien qu’elle avait été informée par quelqu’un du voisinage, dans la mesure où l’état de la servante n’était plus à cacher et que personne ne l’avait vue fréquenter des jeunes du quartier.

 Elle entra dans la douche, prit un long temps pour se laver et en ressortit. Elle s’assit au bout du lit, dos tourné à son mari et lui dit :

 - J’ai appris que notre servante est enceinte.

 - C’est son problème, lui répondit Salif.

 - J’ai également appris que tu en es l’auteur, enchaina-t-elle.

 - Ça, c’est mon problème ! coupa-t-il.

 - Si c’est vrai, je m’en vais chez mes parents, décréta-t-elle. Je ne saurais rester ici et devenir la risée des femmes de la maisonnée, voire du quartier…

 - Et ça, c’est ton problème, décida-t-il.

 Voyant que son mari n’était pas loquace sur le sujet ni d’humeur à faire des concessions, elle se tut et n’en parla plus. Qu’avait-elle l’intention de faire ? Salif devint aussitôt inquiet, mais n’osa lui poser de question à ce propos. Il constata cependant au bout de quelques jours que Minata n’était plus à son service. Sa femme, aux dires des gens, l’aurait congédiée. Le téléphone qu’il lui avait acheté était déposé sur sa table de chevet, la puce brisée.

Salif était loin de se douter qu’avant, Binta avait trainé Minata dans une clinique réputée pour des pratiques peu recommandables et l’avait contrainte à avorter. Elle lui avait, le même jour, remis une somme importante d’argent et obligée à prendre le bus en direction de son village natal avec interdiction formelle de revenir dans la capitale, sous peine de se voir conduite à la police pour vol. La petite Minata disparut donc des radars de sa patronne et plus personne n’entendit parler d’elle.


Eclairage


Ni ko ma kè N°009 du 24/02/17

 

L'INTERROGATION

 

A.    Il existe en français plusieurs possibilités de formuler une même question :

 

- avec l'intonation : c'est la forme la plus simple mais aussi la plus courante :
Vous regardez un film?

 

- avec l'expression   est-ce que   qui se place au début de la phrase :
Est-ce que vous regardez un film?
L'expression   est-ce que   prend l'apostrophe quand elle est suivie d' un mot qui commence par une voyelle ou un   h   muet :
Est-ce qu' on va au cinéma?

 

 - avec l'inversion du verbe et du pronom personnel sujet :
Regardez-vous un film?
Le trait d'union est obligatoire.

 

Attention : quand le sujet est un nom (ou un pronom ) l'interrogation se fait avec l'inversion du verbe et du pronom personnel sujet de rappel : c'est un langage formel .

 

                        Pierre est-il français ?          Cette actrice est-elle italienne ?

 

Dans la forme de l'inversion, à la troisième personne du singulier , on ajoute   -t-   quand le verbe finit par une voyelle.
Habite-t-il à Paris?

 

B.     Les expressions   Qui est-ce ?   (Question sur une ou plusieurs personnes)

 

                              et   Qu'est-ce que c'est ?   (question sur  une ou plusieurs choses ) sont invariables.

 

Qu'est-ce que c'est ? C'est un livre.
                               Ce sont des livres.

 

Qui est-ce? C'est un ami.
                 Ce sont des amis.

 

Remarques
1.
     a    Comment,   où,   pourquoi,   quand, combien, combien (de+nom) placés en début de phrase se construisent avec l'inversion du verbe et du pronom sujet ou sont suivis de l'expression   est-ce que   sans inversion:

 

Comment allez-vous?
Où est-ce qu'il travaille?
Combien de croissants voulez-vous?

 

1.     b  Dans la langue familière avec l'utilisation de l'intonation Comment,   où,     quand, combien, combien (de+nom) se placent au début ou à la fin de la phrase
Comment tu pars? Tu pars comment ?
il va? Il va ?
Quand elle arrive? Elle arrive quand?
Combien ça coûte? ça coûte combien?

 

 

Dans la langue familière avec l'utilisation de l'intonation, Pourquoi se place au début de la phrase :
Pourquoi tu pleures?

 

2.         Qu'est-ce que   prend l'apostrophe devant une voyelle:

 

Qu'est-ce qu'il fait?

 

3.        Quel (adjectif et pronom interrogatifs) s'accorde avec le nom qu'il accompagne:

 

                        Quel est votre nom?           Quels sont vos acteurs préférés?
                        À quelle heure?                  Quelles sont tes actrices préférées?

 

 4.        Il existe aussi la forme interro-négative:

 

                       Tu ne veux pas venir?
                       Ne finissez-vous pas à 18h?
                       Est-ce qu'ils ne comprennent pas le français?

 

 Attention Pour répondre affirmativement à une question négative on utilise si

 

                      Tu ne viens pas avec nous? Si, je viens

 Source : www.lefrancaispourtous.com


Opinion

Le 14 janvier 2008, cette étudiante a été enlevée, séquestrée, violée puis assassinée à Ségou. Ses bourreaux courent toujours et pourraient bénéficier à jamais de l'impunité, car nous nous acheminons vers la fin du délai de prescription.
Awa Baba Traoré, étudiante du CETI de Ségou, disparue depuis le 14 janvier 2008.

Justice : Classé sans suite…

 

Le 14 janvier 2008, Awa Traoré, étudiante en 3ème année au Centre d’Enseignement Technique et Industriel (CETI) de Ségou et fille d’un ancien régisseur de la prison civile de Barouéli, était enlevée, séquestrée, violée et tuée avant d’être jetée dans un puits. Tout Ségou avait été émue par cette histoire à l’annonce de sa disparition. Ségou et sa région avaient davantage été marqués par ce triste événement lorsque des habits, des perles, une ballerine gauche et un bracelet à son effigie avaient été remontés d’un puits désaffecté en même temps que des ossements humains au milieu de charognes.

 Les enquêtes entamées alors par les services de police et de justice avaient sans doute abouti à la culpabilité ou tout au moins à la complicité de personnes intouchables. Sinon, comment comprendre que malgré la réquisition auprès de l’opérateur de téléphonie mobile la personne qui l’ait appelé en dernière position avant sa disparition n’ait jamais été inquiétée ? Comment comprendre que le procureur chargé du dossier ait été muté au moment même où il s’engageait à faire comparaitre les coupables ? Comment comprendre enfin que toute trace de cette affaire ait disparu au niveau du tribunal de Ségou ?

 Parce que nous croyons aux principes d’une justice équitable pour tous, nous demandons à tous les hommes épris de justice de se mobiliser pour qu’il y ait une «Justice pour Gafouré !»


Arrêt sur image

Logo du mouvement "Justice pour Awa"
Logo du mouvement "Justice pour Awa"

Nouvelle

Awa Baba TRAORE, victime de viol et de d'assassinat à Ségou
Awa Baba TRAORE, victime de viol et de d'assassinat à Ségou

Enquête impossible…

 Un vent glacial entrait par la porte du bureau de l’inspecteur Doumbia et faisait claquer le battant de la fenêtre contre le mur dans un bruit assourdissant. Cela, combiné à l’entêtement du prévenu, était de nature à exaspérer le policier. Depuis plus d’une heure, il était face à un prévenu à qui il ne parvenait pas à faire prononcer le moindre mot. Pourtant, les faits qui lui étaient reprochés étaient d’une extrême gravité. Furieux, l’inspecteur Doumbia bondit de sa chaise et faillit étrangler Abba qui demeura imperturbable. «Vas-tu me répondre, oui ou non ? Tu crois que je n’ai rien d’autre à faire ?» Abba se tourna enfin vers lui et dit : «Je veux bien répondre à vos questions, mais jusqu’ici vous ne m’avez pas dit les charges qui pèsent sur moi ni si je suis dans vos locaux pour une garde à vue ou pas…»

 L’inspecteur réalisa à ce moment-là qu’il était face à un prévenu qui savait où poser les pieds. Ce dernier savait en effet qu’en répondant aux questions des policiers sans être fixé sur les charges qui pesaient sur lui, il pouvait leur donner plus tard l’argumentaire à partir duquel ils l’incrimineraient. En outre, en ne lui indiquant pas dès le départ qu’il était en garde à vue, les policiers pouvaient le retenir au-delà du délai réglementaire. Ils se firent donc davantage conciliants et l’informèrent de l’objet de sa présence : il avait été cité dans un texto émis à partir du numéro d’appel d’une jeune fille portée disparue et qui l’accusait de l’avoir violée, en complicité avec un autre…

 Abba demanda et obtint l’assistance d’un avocat. C’est seulement à ce moment qu’il accepta répondre aux questions relatives à cette histoire : une batterie de questions posées par l’inspecteur. Il n’avait jamais rencontré la personne disparue et ignorait jusqu’à son nom. Il lui était certes arrivé de se rendre dans le quartier Missira, mais jamais dans la Rue 416 encore moins fréquenter une jeune fille qui logerait à la porte 685. D’ailleurs, il n’était arrivé à Ségou que la veille au soir, alors que la jeune fille avait déjà quitté l’école pour rejoindre les personnes qui l’auraient appelée au téléphone. Un coup de fil à la compagnie de transport permit de confirmer son alibi. Son présumé complice non plus n’était pas au nombre de ses contacts. Une confrontation, rapidement organisée en présence de son avocat avait fini de convaincre les limiers : Abba et son présumé complice n’avaient rien à voir avec cette affaire d’enlèvement et de viol. Quelques membres de la famille interrogés discrètement avaient contribué à le blanchir : Abba leur était totalement inconnu. Il pouvait donc disposer. Le fameux texto qui les incriminait n’était ni plus ni moins qu’une diversion.…

 L’inspecteur tournait en rond. Il se faisait cependant un point d’honneur à élucider cette affaire. Plus pour des questions d’ego que de carrière. Il était à la case de départ cependant : une jeune fille avait disparu depuis la veille. Ce qu’il avait considéré comme une simple fugue prenait les allures d’une séquestration au vu du message reçu par l’oncle de la victime. Il informa le commissaire de son intention d’aller sur le terrain afin de recueillir davantage d’indices. Au bout d’une heure, il revint plus désemparé que jamais. Personne dans la famille n’avait vu la jeune fille le jour de sa disparition, ou presque. En sortant aux aurores, elle avait tout juste échangé les salutations d’usage avec sa grand-mère qui ne pouvait dire exactement avec quelle tenue elle était sortie. Il fallut donc se rendre à l’école pour apprendre qu’elle avait quitté les lieux vêtue d’un dessous de Tee-shirt à l’américaine et d’un ensemble de jupe complet noir, rayé de blanc. Elle était chaussée de ballerine en cuir, beige et noire. Celui avec qui elle était partie conduisait, selon certains témoins, une voiture blanche. Mais personne n’avait eu à l’esprit de relever le numéro de sa plaque. A vingt-trois ans, elle ne pouvait nullement avoir fugué. Le message émis à partir de son numéro était la preuve qu’elle était en vie ou, tout au moins, séquestrée par des forbans.

La mort dans l’âme, l’inspecteur Doumbia referma le dossier pour la énième fois depuis deux ans. Mais ce jour-là, le destin lui tendit la perche : un expatrié avait fait une découverte macabre dans le puits désaffecté du terrain qu’il venait d’acheter. En présence des policiers qui avaient été alertés, il avait fait remonter du puits des ossements d’animaux, les habits, une ballerine gauche, un porte-monnaie vide, des ossements humains et un bracelet portant l’inscription… Gafouré !

L’inspecteur Doumbia établit tout de suite un lien entre cette nouvelle affaire et le dossier qui était sur sa table. Les habits remontés du puits n’étaient autres que ceux de la disparue du quartier Missira d’il y a deux ans. Le bracelet était sans aucun doute le sien. Il fallut rouvrir le dossier et appeler les camarades qui l’avaient vue pour la dernière fois. Ils furent soumis à un interrogatoire serré, mais sans violence. Finalement, l’un d’entre eux craqua. Il avait peur d’en dire plus, car il avait peur de subir les foudres du diable.

- Le diable ? Mais quel diable ? demanda l’inspecteur Doumbia.

- Une fois, j’ai été appelé par un homme au milieu de la nuit. Il m’a dit que j’avais appelé sur le numéro 79 16 32 44 et que si je n’arrêtais pas de m’intéresser à Awa, que je subirais le même sort qu’elle.

- J’imagine que c’est le numéro d’Awa…

- Oui. Et depuis, je n’ai plus appelé à ce numéro. Une autre fois cependant, un autre ami m’a dit la même chose. Il avait reçu des menaces du diable. Je me suis contenté de l’écouter sans lui dire que j’avais reçu des menaces aussi…

L’inspecteur Doumbia comprit alors pourquoi il y avait comme une omerta autour de cette affaire. Mais décidé de tirer cette affaire au clair, il composa ledit numéro. Le lendemain, alors qu’il se rendait au tribunal pour rendre compte au procureur de la suite des événements, il reçut ce message : «Monsieur, vous venez d’appeler Awa. Je suis le diable qui l’a enlevée. Je vous interdis de l’appeler encore…». Ce message relevait à la fois de l’audace et de la folie, car celui qui l’émettait ne se servait pas du numéro d’appel de feue Awa Traoré comme il le faisait d’habitude, mais d’un autre numéro. En plus, la menace était adressée à… un Inspecteur de police. Celui-là même qui avait à charge le dossier. Quel toupet !

L’inspecteur courait plus qu’il ne marchait en traversant l’espace séparant le commissariat du palais de justice. Il n’entendait ni ne voyait rien, aveuglé par l’outrecuidance des ravisseurs d’Awa. Il était pressé d’obtenir une réquisition, vu les nouveaux éléments du dossier. Contrairement à ses habitudes, il n’eut pas le temps de taquiner la secrétaire et, l’air sérieux comme jamais, il demanda à voir le procureur pour une affaire de la plus haute importance. Ce dernier examina les photographies prises comme pièces à conviction, lut les notes de l’inspecteur Doumbia et ordonna à la grande joie de celui-ci une réquisition.

Comme si l’opérateur de téléphonie mobile y avait mis tous ses services ou avait attendu cette requête, la réquisition avait été satisfaite dans un court délai et avait été des plus édifiantes. Le dernier détenteur du numéro de téléphone qui menaçait les proches de Gafouré, autrement dit le diable n’était autre qu’un… étudiant logé chez un… apprenti bijoutier à Bamako !

Au regard de tous les indices réunis grâce à la perspicacité de l’inspecteur Doumbia, les conditions étaient réunies pour confondre les fautifs et leur faire payer leur forfait. Il y avait un fait relayé par la presse locale, une plainte contre X pour enlèvement et séquestration introduite par la famille, un corps retrouvé sous des charognes d’animaux pour couvrir la pestilence du corps en putréfaction, des objets divers ayant appartenu à la victime, un numéro de téléphone pour remonter au coupable et à ses complices éventuels, une adresse physique à laquelle rechercher les présumés coupable et complices… L’inspecteur pouvait refermer le dossier en ce qui le concernait. Le procureur quant à lui avait pris un engagement sur l’honneur : les ravisseurs d’Awa répondraient devant la loi.

Tout Ségou avait les yeux rivés sur le palais de justice. Les mouvements du procureur et de son substitut étaient suivis par toute la ville. Les supputations allaient bon train. Les élucubrations fusaient de toutes parts. Bientôt, le fils de celui que tout Ségou connait serait interpellé par la police, il irait répondre devant la justice des charges qui pesaient sur lui.

Le soir, au moment même où il s’apprêtait à quitter son bureau, le procureur reçut un appel des plus insolites. Le numéro était masqué. La voix déformée. Il ne pouvait cependant se faire des illusions quant à l’identité de son interlocuteur. Injonction lui était faite de détruire toutes les preuves en sa possession et relatives à cette affaire. Il avait jusqu’au soir à minuit pour apporter la preuve qu’il s’était exécuté, sinon, il courait de graves dangers…

Il n’eut pas le temps de poser de questions. La communication avait été interrompue si soudainement, le laissant pensif. D’un pas lourd, le procureur se leva et se dirigea vers le broyeur de papiers. C'est la solution la plus sûre pour détruire des documents confidentiels comme des relevés de compte, des documents fiscaux ou des données à caractère personnel directement sur le lieu de travail. Pour ces données sensibles devant rester strictement secrètes et pour lesquelles il faut respecter des dispositions de sécurité extrêmes, il choisit le degré sept sur l’appareil. Il y glissa les notes et les photos qui lui avaient été remises par l’inspecteur Doumbia et recueillit dans un sac plastique une poudre à l’odeur âcre. Pour s’assurer que le dossier serait classé à jamais, l’interlocuteur du procureur appuya sur certains leviers. Dans les semaines qui suivirent, l’inspecteur Doumbia et le procureur avaient été mutés dans d’autres juridictions. Depuis, le souvenir de ce crime odieux ne cessait de hanter Biratiguè. A son corps défendant, il y avait été associé. Combien de temps gardera-t-il le secret ? Attendra-t-il comme convenu la fin du délai de prescription ? 


Eclairage

 

La négation

1. EXPLIXATION : Lorsque la négation porte sur toute la phrase, on ajoute « ne pas » (adverbe)  à la phrase affirmative.

Exemples :

 

forme affirmative

forme négative

Je danse.

Je ne danse pas.

Devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet, il faut faire l’élision : ne → n’

Exemples :

 

forme affirmative

forme négative

J’espère.

Je n’espère pas.

J’habite.

Je n’habite pas.

Ne dites pas :

 Je ne espère pas.

Je ne habite pas.

Mais quand le H est aspiré, on ne fait pas l’élision.

Exemples :

Dites :

Elle ne hausse pas les épaules.

Ne dites pas :

Elle n’hausse pas les épaules.

★ Aussi = non plus

À la forme négative, « aussi » devient « non plus ».

Je vais à Paris, et ton frère ? – Lui aussi.

Je ne vais pas à Paris, et ton frère ? – Lui non plus.

★ ne … pas … et = ni… ni

Pour faire la négation de deux éléments dans une même phrase, on utilise « ni… ni ».

Exemple :

Il n’y a ni fromage ni dessert. (= Il n’y a pas de fromage et il n’y a pas de dessert.

2. UTILISATION :

★ Avec un verbe conjugué : 

Je ne parle pas. Il ne dîne pas ce soir. Elle n’est pas ici.

★ Attention à la place des pronoms :

Son assurance ne le couvre pas.

Je n’y pense pas.

Il n’y en a pas.

★ Attention à l’infinitif : 

Nb : Quand le verbe est à l’infinitif, ne & pas se placent avant le verbe et le pronom (COD, COI & CC).

Ne pas entrer.

Prière de ne pas entrer.

Je vous demande de ne pas le faire.

Je vous demande de ne pas lui en parler.

Je vous demande de ne pas y aller.

★ Attention également à l’impératif : 

Ne fais pas ça !

Ne le fais pas !

N’ayez pas peur !

N’y allez pas !

N’en prends pas !

★ Attention à la forme interrogative :

Qui n’est pas là ?

Qu’est-ce qu’ils ne veulent pas ?

Pourquoi n’avez-vous pas accepté son offre ?

N’est-il pas possible de le faire ?

Ne viendriez-vous pas avec nous ?

★ Attention au COD (complément d’objet direct) à la forme négative.

Si le COD commence par un article indéfini (un, une, des) ou un article partitif (du, de la, de l’), alors on remplace l’article indéfini ou l’article partitif par DE.

Il n’y a pas d’enfants. / Il n’y a pas des enfants.

Elle ne veut pas de melon. / Elle ne veut pas d’un melon.

Tu n’as pas de courage. / Tu n’as pas du courage. 

Nous n’avons pas d’argent. / Nous n’avons pas de l’argent.

 3. Autres termes négatifs

 

forme affirmative

forme négative

quelque chose

ne … rien

quelqu’un

ne … personne

toujours / encore

ne … jamais

déjà / quelquefois / toujours

ne … pas encore

quelque part

ne … nulle part

beaucoup / très

ne … aucun (e)

beaucoup / très

ne … guère

a. ne … rien (négation de quelque chose)

– Tu veux quelque chose ?

– Non, je ne veux rien.

Rien n’est simple.

b. ne … personne (négation de quelqu’un)

– Il y a quelqu’un ?

– Non, il n’y a personne.

Personne ne pourra vous aider.

c. ne … plus (négation de toujours et encore)

– Tu as toujours ton vieux manteau ?

– Non, je ne l’ai plus. Je l’ai jeté.

– Et tu as encore ton sac rouge ?

– Non, je ne l’ai plus. Je l’ai donné à Valérie.

d. ne … pas encore (négation de déjà)

– Tu es déjà en vacances ?

– Mais non ! Je ne suis pas encore en vacances.

e. ne… jamais (négation de toujours, quelquefois, déjà)

– Tu es déjà allé en Espagne ?

– Non, je n’y suis jamais allé.

Jamais nous n’avions vu une telle foule.

f. ne … nulle part (négation de quelque part)

– Tu vas quelque part cet été ?

– Non, je ne vais nulle part.

g. ne… aucun

Je n’ai aucune envie de quitter mon pays.

ls n’ont aucun problème.

h. ne … guère (négation de très, beaucoup : plutôt littéraire)

Il n’a guère envie de quitter son pays.

i. ne … nullement (= pas du tout)

Ils n’ont nullement besoin de vos services.

 j. ne… que  (seulement)

Il ne vient que le samedi.

Je n’ai que trois euros sur moi.

Source : Cours en français facile, FLE 


Ni ko ma kè N°008 du 17/02/17


Opinion

Romance : la tragédie de l’incommunicabilité

 

Lorsque l’on s’engage dans une relation à deux, personne ne présage que c’est pour un laps de temps. C’est pour le meilleur et le bonheur. Toutefois, au bout de quelques années voire de quelques mois, ou pire de quelques semaines, les conjoints ont de la peine à se supporter. La promesse de fidélité et d’assistance mutuelle prise devant Dieu et les hommes se transforme en carcan insurmontable. Pourtant, les liens du mariage sont sacrés, infrangibles. Pourquoi en arrive-t-on à cette extrémité ?

 Il faut dire que, bien souvent, les conjoints se taisent sur ce que devraient être leurs attentes réelles. On laisse l’entourage s’immiscer dans ce qui ne devrait regarder a priori que les principaux concernés. Au fil du temps, les confidences et les commérages prennent le dessus sur l’essentiel. Les conjoints ne vivent qu’à travers le regard des autres ; ils deviennent des marionnettes à la merci des amis, voisins, collègues. Et alors, bonjour les dégâts!

 Ayant échoué à dire à l’autre ce que l’on attend de lui, du fond du cœur, on se retrouve dans une situation où ce sont les autres qui décident ce qui pour nous devrait être bien. Cela est d’autant plus déplorable que le mariage n’est pas l’union des absents mais plutôt celle des présents. Les couples devraient s’accorder un temps à eux seul pour communiquer sur leur quotidien, leurs perspectives, l’éducation qu’ils envisagent donner à leurs enfants. Cela les mettrait à l’abri de surprises inutiles.


Arrêt sur image

Entre amoureux, il est important de se dégager des moments de tête à tête intimes.
Diner aux chandelles

Nouvelle

Tête à tête au coucher du soleil
Tête à tête au coucher du soleil

L’utile et l’agréable

 

Plutôt que de partir tout bonnement comme l’aurait souhaité Safia, Oussou fit semblant de rentrer à la maison. Il mit donc son véhicule en marche, s’éloigna à vive allure et observa une quinzaine de minutes avant de revenir à pieds. Il prétexta avoir oublié son téléphone dans le second jardin pour accéder à la cour. Le gardien n’eut même pas à lui poser de question et l’autorisa à intégrer les lieux. Seulement, au lieu de se diriger vers l’entrée du jardin où devait se tenir la soirée d’intronisation, Oussou alla vers un angle et y resta jusqu’à l’arrivée des invités.

 Du point d’observation où il était, Oussou avait pu constater que le diner des LGBT était un événement bien couru de la capitale. Une bonne partie du gratin de la capitale y était. Des voitures rutilantes stationnaient un laps de temps. Des couples d’hommes ou de femmes en sortaient, habillés avec goût. Tous étaient en tenue de soirée. Des personnes supposées parrainer des soirées de bienfaisance, si l’on se fiait aux annonces de la télévision, étaient là. Oussou put identifier quelques personnalités bien en vue, des hommes et femmes évoluant dans les domaines aussi divers et variés que les médias, les affaires, les banques, l’industrie, le sport, la musique…

 Un moment, Oussou eut une folle envie de se soulager. Mais il ne pouvait prendre le risque de se dévoiler, car, en fait, bien qu’habillés différemment, les invités avaient tous un signe distinctif : une écharpe bleue ou rose sur les épaules. Quant aux agents du service traiteur, ils avaient un uniforme fait d’un pantalon noir et d’une chemise blanche avec un nœud papillon. Oussou n’avait ni écharpe ni uniforme, il lui fallait prendre son mal en patience.

 La soirée était bien organisée. Tout allait comme sur des roulettes. Les invités avaient été ponctuels pour la plupart. Si bien qu’à l’heure indiquée, la soirée débuta. Elle avait été ponctuée par une seule intervention, celle de Safia. Elle se dirigea vers un pupitre amovible et dit ceci : «Chers amis, je tiens à remercier chacun d’entre vous pour sa précieuse contribution à la réussite de ce diner. Le rapport financier vous parviendra par les voies habituelles. Comme vous le savez, nous sommes là pour la fête et nous ne nous laisserons pas distraire par des questions financières. Nous avons le plaisir d’accueillir de nouveaux membres. C’est la preuve de la vitalité de notre mouvement. En votre nom à tous, je leur souhaite la chaleureuse bienvenue. Sans plus tarder, je les invite à venir à ma gauche, chaque fois qu’ils entendront leur nom.»

 Elle entama un appel nominatif des adhérents. Tous répondirent présents à l’appel. Elle se tourna vers eux et enchaina :

 « Veuillez répéter après moi ceci : En tant que membre de la section malienne des LGBT, je m’engage solennellement à assister régulièrement aux réunions et manifestations de ma cellule ; à inviter fréquemment de nouveaux prospects à même de devenir des membres en vue de la croissance du mouvement ; à organiser du mieux possible toutes les activités qui me seront confiées ; à faire preuve de respect et de courtoisie à l’endroit de tous nos membres et partenaires, conditions sine que non à l’épanouissement de nos membres ; à accorder la priorité à nos membres dans les affaires et toute autre opportunité leur permettant d’être autonomes ; à prendre des rôles de dirigeant au sein du mouvement chaque fois que les membres l’auraient souhaité.»

La dizaine de nouveaux membres répéta la formule d’engagement après elle. Elle se tourna alors vers l’assistance et poursuivit : « Je vous invite à présent à vous lever, à vous joindre à moi pour porter un toast à l’honneur de nos nouveaux amis !»

L’assistance trinqua à l’honneur des adhérents. Safia remercia l’assistance et demanda aux gens de se rasseoir. La musique d’animation reprit de plus belle, alternant des chansons d’amour de musiciens français, antillais, guinéens… Le fumet des mets servis embaumait l’air ambiant. Les plats étaient exquis. La boisson coulait à flots. Les gens avaient été placés par affinités. Si bien qu’ils causaient entre eux tout en savourant les plats délicieux qui leur étaient servis. Le service était rodé à la tâche. Pas une seule fausse note de l’entrée au dessert.

Quand les dernières tables avaient été débarrassées, Safia se leva à nouveau, remercia tous les membres pour leur présence et leur donna rendez-vous pour le mois suivant. Les invités se levèrent alors les uns après les autres et récupérèrent devant le perron leurs voitures. Ils partirent comme ils étaient arrivés, à bord de voitures luxueuses aux vitres teintées. Safia était la dernière à sortir du jardin, en compagnie d’un homme d’affaires fortuné connu de toute la capitale. Ils se donnèrent la bise et l’homme monta à bord de sa Range Rover Evoque, démarrant sur les chapeaux de roue.

Safia se dirigea alors vers la villa. Oussou la rattrapa avant qu’elle ne finit de monter le perron. Elle répondit à son salut sans se retourner, puis lui dit : « Un serveur m’avait signalé ta présence derrière le mur du jardin. Je n’ai pas été surprise, sachant que l’ancien pionnier que tu es ne sortira pas d’ici sans se faire le maximum d’informations. J’ai ordonné à ce que l’on te laisse suivre, car de toute façon, nous n’avons rien à te cacher.»

Ils entrèrent sur ces entrefaites dans le salon lounge qu’ils traversèrent. Arrivés dans la chambre au premier étage, Oussou put observer un mobilier haut de gamme : le lit futon avec sommier à lattes sur lequel était déposé un matelas ressorts confort très ferme au beau milieu de la chambre, la commode en pin massif avec miroir, l’armoire dressing penderie avec deux portes coulissantes dont une avec miroir, les tiroirs de lit, le chevet laqué design deux tiroirs avec plateau et façade en verre coloré… tout avait été choisi et disposé avec art, avec goût.

Safia alla tout droit dans la douche, demandant à Oussou de l’attendre dans la chambre. Elle en ressortit quelques instants après, vêtue d’un peignoir beige, une serviette de la même couleur retenant ses cheveux. Elle s’assit face à la commode, le dos tourné à Oussou et dit :

- Quoi que sûre d’avoir éveillé la curiosité en toi, je n’aurais jamais imaginé que tu resterais.

- J’étais curieux en effet de savoir qui étaient les deux cents convives…

- J’imagine que tu as été satisfait.

- Oui. J’ai pu identifier un bon nombre. J’étais également curieux de savoir avec qui je dois te partager désormais.

- Tu ne la connais pas. Elle est en déplacement et a manqué cette manifestation.

- Je suis resté également pour pouvoir m’entretenir avec toi à propos d’un sujet qui me taraude l’esprit depuis que nous dinions.

- Quelle est cette question, demanda-t-elle, en se tournant vers lui.

- Je veux comprendre pourquoi et comment tu t’es retrouvée dans cet univers.

- Ah ! s’exclama-t-elle. Tout est parti d’une déception.

Elle se tut un moment, écrasa une larme et enchaina : «J’ai été mariée alors que j’avais quinze ans. C’était le mari de ma grande sœur à qui j’ai été donnée suite au décès de celle-là, quelques mois seulement après leur mariage. Il n’avait aucun égard, aucune attention pour moi. Je n’étais ni plus ni moins qu’un un objet sexuel. Il arrivait le soir de ses activités et s’affalait sur moi. Et, en moins de temps qu’il ne fallait pour ouvrir une porte, il avait déjà fini et était prêt à vaquer à d’autres occupations. Je restai là, en proie aux larmes, à la déception, à la frustration, jusqu’au jour où j’ai pu en parler à une cousine. Elle m’a assurée avoir traversé le même désert avant de m’inviter à lui rendre visite un matin, quand tout le monde serait au travail. Elle m’a appris à découvrir et à faire vivre chaque partie de mon corps. Au départ, je me faisais des scrupules à l’idée que je trompais mon mari. J’appréhendais également les commérages des voisines et autres belles sœurs une fois l’affaire ébruitée. Mais par la suite, je me suis rendue compte que j’étais plus équilibrée, plus épanouie chaque fois que je quittais Awa. En tant que femme, elle savait sur quel bouton appuyer pour éveiller en moi les sens endormis. Je n’avais plus besoin de fantasmer sur un quelconque partenaire du genre masculin. Elle guidait mes mains, orientait mes pas dans ce monde jusqu’alors inconnu ; et, ensemble, nous procédions à des attouchements, des câlins qui nous procuraient toutes les deux un bonheur immense… Sachant qu’il tenait beaucoup à avoir un enfant, j’ai opté pour la contraception. Salif, mon ex mari a investi des sommes importantes dans les analyses médicales. Finalement, un beau jour, il est venu me tendre un certificat de divorce.

- Quoi ? Quelle a été ta réaction alors ?

- J’ai feint le chagrin alors qu’au fond de moi, j’exultais. J’ai regagné la grande famille et de là, je rejoins deux fois par semaine ma cousine Awa.

- Comment tu fais alors pour rouler carrosse, car il faut bien l’avouer, le salaire que tu as à la banque ne te permet pas d’avoir un tel luxe.

Elle partit d’un éclat de rire avant de répondre :

- Tu as raison. Mais Awa m’a présentée à d’autres amies dans le mouvement. Celles-ci m’ont ouvert des opportunités d’affaires. Du coup, j’ai des facilités pour importer et exporter des produits divers : parfums, sacs, chaussures, matériel informatique… Je bénéficie de facilités au niveau du cordon douanier. J’ai installé des affaires dans différents secteurs de la ville. Beaucoup de gens se sont intéressés à moi, à mes activités aux fins de savoir l’origine de ma fortune. Mais, sans preuves, ils ont abandonné les calomnies et médisances qui faisaient de moi une trafiquante de drogue… 


Eclairage

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Ni ko ma kè N°007 du 10/02/17


Opinion

Il n'appartient pas à un individu de déterminer l'orientation sexuelle d'un autre, quel que soit le rapport qui les unit.

Sexualité : La quête du plaisir

 La sexualité pourrait être définie comme…. Elle se caractérise par des orientations diverses, elles-mêmes découlant de la diversité des hommes. Aussi n’est-il pas surprenant de rencontrer dans la vie courante des hétérosexuels, des homosexuels, des transgenres, des bisexuels… Ces orientations sont souvent naturelles. Elles découlent parfois d’une déception, d’un rapport conflictuel à l’autre sexe. Dès lors, certains ne trouvent du plaisir dans ce que la morale considère globalement comme une relation normale mais plutôt dans ce qui est considéré comme une déviation.

 Les personnes qui se retrouvent dans ces relations sont mises sur le banc de la société. Elles sont vilipendées, soumises à toutes sortes de brimades quand elles ne sont pas tout simplement exposées à la vindicte populaire et donc obligées de vivre dans la clandestinité ; leurs proches sont également indexés, accusés à tort d’avoir laissé faire.

 L’obligation ainsi faite à certains de vivre leur passion dans la discrétion voire dans la clandestinité n’en fait pas moins une réalité de nos sociétés. Faut-il en parler ouvertement pour aider ceux pour qui c’est une déviation à même d’être traitée ? Faut-il se taire sur cette réalité et en faire un tabou ? Faut-il continuer à brimer ceux qui ont choisi de vivre ainsi ? Que fait-on alors des libertés individuelles ? Une chose est sûre : chacun est responsable de sa vie et de l’orientation qu’il lui donne !


Arrêt sur image

Des voyeurs en action
Des voyeurs en action

Nouvelle

La quête du plaisir…

 Il ne viendrait à l’idée d’aucun banquier de refuser une invitation à diner de la Directrice Générale de la Banque Mondiale. Et Oussou ne saurait faire exception à la règle. Aussi s’empressa-t-il d’inscrire dans son agenda ce diner quand bien même tout cela lui paraissait bien curieux. D’abord, le séjour au Mali de ladite directrice avait officiellement pris fin depuis une semaine au moins. Ensuite, il ne l’avait vu qu’à distance lors du diner offert en son honneur par le ministre des finances. Comment avait-elle pu le remarquer, s’intéresser à lui au point de l’inviter à diner, lui Oussou, simple chef d’agence alors que, lors de sa visite, elle avait rencontré les plus hautes autorités du pays et les banquiers les plus en vue ?

 Il avait été d’autant plus intrigué qu’il n’y avait pas eu d’appel ni le traditionnel carton d’invitation. Mais pouvait-il décliner une telle invitation ? Ne serait-ce pas une occasion pour lui de réaliser un vieux rêve, être en relation avec les personnalités les plus en vue dans le milieu de la finance internationale ?

 Les indications supplémentaires étaient sur une feuille accompagnant la carte de visite : « Le pionnier que vous avez été ne trouvera aucune difficulté à repérer les lieux. A cinq kilomètres exactement à partir du rond point de Woyowoyanko, vous trouverez un premier indice : mon nom sur une boutique de vente de produits cosmétiques. D’autres indices vous conduiront jusqu’à moi…». L’ancien cadre du mouvement pionnier se remémora son enfance et sa jeunesse : que de souvenirs ! Il avait grandi, progressé, appris à devenir autonome grâce à ce mouvement. Il était donc tenté par la nouvelle aventure qui se présentait à lui…

Oussou n’eut pas de difficultés à retrouver les lieux. Une somptueuse villa nichée dans un décor paradisiaque au bord du fleuve et possédant de grands espaces à vivre. A peine arrivé, le portail s’ouvrit et laissa apparaitre un jeune homme, probablement le gardien. Il fit signe à Oussou d’avancer vers le perron. Son smartphone en mode wifi signala des connexions disponibles et libres d’accès. Il promena son regard sur cette villa moderne dont le style, raffiné, n’avait gardé que l’essentiel. Le bâtiment était entouré d’un jardin avec de belles fleurs, des soucis à ce qu’il voyait. La piscine, au beau milieu du jardin, donnait un zest de modernité et d’élégance à l’architecture. Il se retrouva devant un immense living comprenant le salon lounge, la salle à manger, la cuisine et le bar américain. A partir d’un système audio haut de gamme et intégré, il entendit la chanson «En secret» de Teeyah.

Cette musique le captiva d’autant plus que c’était la sonnerie de son téléphone. Etait-ce un message prémonitoire ou bien cela relevait-il de l’orchestration ? Il ne saurait le dire. Toujours était-il qu’il se laissa emporter par la mélodie et par les paroles : «Sans toi mon cœur perd la raison/ Je cherche mon chemin, je cherche ma maison/ Je me perds dans mes souvenirs (oh baby)…/ J’ai attendu bien trop longtemps/ Aujourd’hui c’est le bon moment/ De t’avouer mes sentiments/ Je t’aime en secret (ah ah ah)/ Ce feeling inavoué…».

Le gardien le rejoignit à ce moment-là et l’invita à le suivre. Il se laissa guider à travers le jardin et franchit un mur mitoyen pour se retrouver dans un deuxième jardin. Il vit soudain des tables alignées à perte de vue et dressées comme pour un mariage : des nappes blanches étaient sur les tables avec des napperons rouges. Les chaises étaient également revêtues de blanc, avec un ruban rouge attaché sur le dossier. Sur chaque table était posé un bouquet de roses, des verres à l’envers et une bouteille de champagne.

Le gardien le fit installer sous un chapiteau ouvert sur un seul côté et sous lequel il y avait une table dressée pour deux personnes. Un tapis rouge reliait l’entrée du jardin au chapiteau sous lequel il avait été installé. Oussou se demandait pourquoi on l’invitait à un diner de sorte à ce qu’il fût le premier convive sur les lieux, surtout qu’il semblait en être l’hôte de marque. En effet, il était dix-neuf heures à sa montre et il ne voyait personne d’autre. Il évita de poser des questions au gardien, ce dernier ayant préféré communiquer avec lui exclusivement à l’aide de gestes.

«En secret» continuait en boucle. Il profita de l’instant, se laissa emporter par la musique, essayant d’établir un lien entre les paroles de la chanson et sa situation, et tout le mystère autour de cette invitation. Soudain, le son de la musique baissa, les lumières changèrent et prirent un ton plutôt favorable à la complicité, à l’intimité, à… l’escapade. A ce moment-là, une silhouette apparut à l’entrée du jardin et avança dans sa direction. De loin, Oussou ne pouvait distinctement voir son hôtesse. La mystérieuse hôtesse avançait d’un pas sûr, mais calmement. Oussou entreprit de la détailler. Elle était grande, avec une poitrine généreuse. Elle était habillée d’un bleu ciel, un châle assorti déposé sur l’épaule. Elle portait des talons hauts compensés. Quand elle approcha Oussou, ce dernier se leva pour la saluer et découvrit seulement à ce moment qu’il s’agissait de… sa secrétaire. Il resta bouche bée. Mille et une questions se bousculèrent dans son esprit : pourquoi se faisait-elle passer pour ce qu’elle n’était pas ? Où avait-elle trouvé la carte de visite de la Directrice Générale de la Banque Mondiale ? A qui appartenait cette somptueuse villa ? Quels sont ses rapports avec le propriétaire ? Quelles sont ses motivations à l’inviter ? Elle le gratifia de son plus beau sourire et lui dit :

- J’imagine que tu es bien surpris de me voir ici…

- Je ne te le fais pas dire, lui répondit Oussou. Je suis surpris et tu te doutes bien que j’ai une multitude de questions à te poser…

- Je m’en doute, en effet. Mais, asseyons-nous, je t’en prie.

Ils s’assirent. La musique baissa d’un ton encore mais resta suffisamment audible, toujours avec la même chanson en boucle.

- Que me vaut l’honneur de cette invitation ? lui demanda Oussou.

- Ne sois pas surpris par ce qui coule de sens. Depuis que tu es rentré dans cette propriété, tu n’as entendu que ce message : «Oh, je t‘ai dans la peau (en secret)/ Je guérirai chacun de tes maux (en secret)/ Baby, je t’ai dans la peau (en secret)/ Je te dédies chacun de ces mots (en secret)/ Oh, je t’ai dans la peau. (…)/J’ai attendu bien trop longtemps/ Aujourd’hui c’est le bon moment/ De t’avouer mes sentiments/ Je t’aime en secret (ah ah ah)/ Ce feeling inavoué…».

- Je comprends mieux maintenant : le choix de la musique, la référence à mon passé de pionnier. Mais dis-moi, d’où te vient l’idée d’utiliser la carte de visite de la Directrice Générale de la BM ? Et comment as-tu eu cette carte ?

- Je commence par la seconde question. Lors de son dernier passage, en tant que membre de la commission d’organisation de son séjour, j’ai pris sa carte de visite par deux fois, ayant mûri depuis lors l’idée de l’utiliser à cette fin. Quant à la première question, je me suis fait passer pour elle pour susciter la curiosité et le goût de l’aventure chez toi, te connaissant assez pour éveiller en toi le goût de l’aventure...

- A qui appartient cette villa ? Quels sont tes rapports avec lui ? Quelle manifestation y est prévue ce soir ? Qu’est-ce que j’ai à voir avec les autres convives ? Et pourquoi je viens avant tout le monde ?

- Ça fait bien trop de questions à la fois. Tu es invité avant tout le monde parce que tu auras quitté les lieux avant l’arrivée des autres convives, qui sont de l’association des LGBT. Nous avons une cérémonie d’intronisation de nouveaux membres qui débute à minuit. Cette villa est sous la responsabilité de la présidente de l’association que je suis…

Oussou garda le silence un bon moment. Il n’avait jamais imaginé sa secrétaire dans une association, en tout cas pas une de ce genre. Comme si elle lisait dans ses pensées, elle enchaîna :

- Je dirige cette association depuis deux ans et nous avons des activités incluant des personnalités bien en vue dans ce pays : des artistes, des hommes d’affaires, des journalistes, des politiques et j’en passe.

- Et quel est le but de mon invitation à diner ?

- Je t’ai invité à diner pour deux raisons : d’abord, te transmettre le message que tu as eu l’occasion de décoder depuis que tu es là ; ensuite, partager avec toi mon appartenance à cette association. Sache que bien qu’engagée dans une relation homosexuelle, je n’exclus pas une relation hétérosexuelle et tu es ma passion depuis deux ans que je te connais.

Un serveur vint à ce moment-là auprès d’eux avec un chariot et déposa sur une table basse les repas. Safia entreprit de servir. Oussou se leva pour l’aider. Mais elle insista pour la laisser faire. Ils mangèrent et discutèrent de sujets divers, y compris le mouvement des LGBT. Oussou sut à la faveur de ce diner que la population s'identifiant comme LGBT se décomposerait par ordre décroissant en bisexuels, homosexuels (les lesbiennes comme les gays) et transsexuels. Il sut également qu’un vaste et puissant réseau soutenait le mouvement. Mais à quelles fins ? Il ne saurait le dire. Il s’informa davantage sur le sujet sans laisser transparaitre son opinion. D’ailleurs, pouvait-on raisonnablement être marié et infidèle et vouloir faire la morale à autrui pour son orientation sexuelle et sentimentale ? A vingt-deux heures, Safia le libéra. Il quitta les lieux sans avoir répondu à sa déclaration d’amour. Mais pour elle, le diner aux chandelles qu’ils avaient partagé était une belle preuve contre Oussou. Un dispositif avait été installé avant son arrivée pour filmer leur tête à tête. Elle saurait s’en servir pour écarter Sara. Elle saurait également comment manœuvrer pour amener Oussou à manger dans sa main. 


Eclairage

Savez-vous exprimer la cause ? Bonjour de France vous propose de faire une révision afin de maîtriser cette notion grammaticale. Avant de faire les exercices, lisez attentivement la fiche explicative qui porte sur les expressions de la cause : parce que, car, puisque, comme, étant donné que, sous prétexte que, à cause de, grâce à, etc.

La cause c'est le motif, la raison d'une autre action, d'un autre fait.

Exemple: Comme elle adore la nature, elle a décidé d'habiter à la campagne.

 

Introducteur Valeur Exemple
Parce que Cause inconnue de l'interlocuteur Fred n'est pas venu à la fête parce que sa voiture était en panne.
Car Utilisation orale et familière L'interdiction des drogues est justifiée car elles sont mauvaises pour la santé.
Puisque Cause connue de l'interlocuteur Puisque le professeur n'est pas arrivé, nous devons annuler le cours.
Comme Cause connue de tous Comme il neige, je vais rester chez moi.
Etant donné que La cause est un fait constaté Etant donné que tu as eu le permis je te prête ma voiture.
Sous prétexte que + proposition / de + substantif Cause constatée: le locuteur ne le croît pas Sous prétexte qu'il est malade, il n'est pas venu.
A cause de Cause négative A cause de la manifestation tous les commerces sont fermés.
Grâce à Cause positive Grâce à ton aide je vais réussir mon examen.
A force de Cause répétée A force de jouer le même numéro, Thomas a gagné au loto.
Faute de Cause privative Faute d'argent, nous avons acheté une voiture d'occasion.

 


Ni ko ma kè N°006 du 03/02/17


Opinion

La cybercriminalité touche tous les secteurs de la production avec des acteurs utilisant des moyens de plus en plus modernes.
Illustration Cybercriminalité

Cybercriminalité : Criminalité des temps modernes

 Internet constitue la cinquième révolution de l’humanité, après celles du feu, de la roue, de l’écriture et des sciences. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, Internet est en passe de devenir un cauchemar pour bien d’utilisateurs. Certains usagers en font une utilisation détournée de toute option de développement, du moins au plan communautaire. Ils s’adonnent à des pratiques qui n’ont rien à envier à celles des flibustiers et autres pirates d’antan.

 Sous de fausses identités, des hommes et des femmes de divers horizons et de tous âges entreprennent d’utiliser les réseaux sociaux pour faire chanter des correspondants anonymes ou des célébrités du monde de la politique, de la jetset ou des finances ; pour retirer de fortes sommes à des partenaires crédules. Au-delà des individus, ce sont les organismes financiers, les Etats à travers leurs systèmes d’évaluation qui en font les frais.

 Le phénomène est assez répandu et fait perdre des centaines de millions de dollars à l’économie mondiale. En Afrique de l’Ouest, des pays comme le Nigéria, le Bénin, la Côte d’Ivoire se sont fait une triste illustration dans ce domaine. Les «brouteurs» n’hésitent pas à dilapider en une soirée de fortes sommes engrangées au détriment de leurs victimes. La coopération policière entre les Etats devrait faciliter la mise hors d’état de nuire de ces forbans.


Arrêt sur image

Plus personne n'est à l'abri de la cybercriminalité. Il faut donc faire preuve de prudence.
Illustration du champ d'action de la cybercriminalité

Nouvelle

Les cybercriminels devraient s'attendre à séjourner en prison à cause de leurs forfaits multiples.
La prison est l'un des risque encourus par les cybercriminels.

Tel est pris qui croyait prendre…

 «Bonjour, Oussou ! J’ai des images de toi étant nu. Je pourrais être amené à les publier. Tu as intérêt à négocier. Je vais te démasquer, espèce de crétin. Même si tu me bloques, je pourrais les publier. J’ai tes numéros de téléphone : 01 02 03 04/ 11 12 13 14», signé : CD. A peine réveillé, Oussou découvrit ce message sur son téléphone portable. Il constata avec stupeur que ce message émanait d’une personne dont il avait accepté la demande d’amitié, seulement quelques jours auparavant, mais… virtuellement. Il ne se rappelait même pas dans quelles circonstances il avait accepté cette demande d’amitié. Il regarda attentivement la photo. Le visage sur la photo ne lui disait rien, absolument rien. Qui était-ce ? Il n’en savait rien. D’ailleurs, ne serait-ce pas un garçon tapis derrière le profil d’une dame ? Mais quand il parcourut le profil et découvrit la date de leur amitié, il réalisa que c’était le même soir où il avait vu Soussaba et son amant sortant de l’hôtel Chez Bill.

 Oussou était d’autant plus stupéfait par la teneur de ce message qu’il n’avait pas clavardé avec cette personne. En tout cas l’historique de ses conversations ne montrait aucune trace relative à un quelconque échange avec cette mystérieuse inconnue. Il n’y avait donc pas de risque que des propos obscènes lui fussent attribués. Comment avait-elle pu accéder à ses coordonnées téléphoniques, au point de vouloir le faire chanter. Et puis, Oussou ne se rappelait nullement avoir pris des photos compromettantes devant la webcam. Quant à son téléphone portable, il ne l’utilisait que pour les appels. Sa tablette ? Aucune photo compromettante n’y est enregistrée !

Quand bien même il ne croyait pas à cette menace, il avait eu une sueur froide. Il voulait en parler à Soussaba. Le moment lui paraissait mal indiqué, malheureusement. Il n’avait pas encore totalement vidé le contentieux avec elle. Il fit mentalement le tour de ses amis, essayant de voir parmi eux à qui il pouvait en parler pour des suggestions éventuelles parce qu’il craignait de tomber dans un traquenard. Il avait appris, fortuitement d’abord, que des jeunes du pays mais aussi de certains pays voisins s’étaient organisés en bandes criminelles et arnaquaient des hommes de tous les âges qui avaient l’imprudence de tomber dans leur piège. Et puis, un autre jour, il avait suivi l’annonce d’une émission télé sur ce phénomène. Il s’était arrangé à suivre ladite émission. Il sût à cette occasion que l’on pouvait banalement se faire ruiner si l’on manquait de perspicacité face à ces pirates des temps modernes. Il lui fallait donc quelqu’un de sûr, d’averti…

Oussou avala plus qu’il ne mangea son petit déjeuner. Il prit sa voiture et fonça en direction du quartier des affaires. C’est là qu’un de ses amis, informaticien de son état, avait installé ses bureaux. Il trouva la secrétaire en conversation avec des collaborateurs. Le connaissant, elle l’introduisit sans même s’assurer que le chef était libre et disposé à le recevoir. Il se fit servir une boisson fraiche et des cacahuètes. Quand la secrétaire quitta le bureau, son hôte lui demanda :

- Que me vaut l’honneur d’une visite si matinale ? J’espère que tu vas bien et que tu n’as pas d’ennuis à la banque…

- Dieu merci, je n’ai pas d’ennuis à la banque. C’est au contraire à la maison que ça ne va pas. Et comme un malheur ne vient jamais seul, après le foyer, je reçois ce matin ce message.

Il tendit le téléphone portable à son ami qui lut et relut le message plusieurs fois sans laisser transparaitre un seul signe de surprise. Finalement, il lui remit le téléphone et dit :

- Ce n’est pas un cybercriminel ordinaire…

- Ah bon ? s’enquit Oussou. Qu’est-ce qui te fait penser à cela ?

- Tu vois, nous sommes amis depuis notre tendre enfance, mais je n’ai jamais pris connaissance de ton deuxième numéro qui, je suppose, doit être professionnel...

- Oui, en effet. C’est mon numéro de service. Et je l’utilise rarement. D’ailleurs, je ne sais pas quand ni comment cette personne a pu accéder à mes coordonnées téléphoniques. Surtout que je n’ai pas du tout échangé avec elle.

- Raison de plus pour orienter tes investigations dans un cercle restreint. Il faudra en priorité voir du côté de Soussaba, de ta maitresse Sara ou de tes plus proches collaborateurs. La cybercriminalité est une réalité transfrontalière de nos jours. Mais dans ton cas, tu devras voir dans ton entourage immédiat.

Oussou demeura pensif pendant un bon moment, se demandant dans quelles circonstances il avait pu laisser ses codes à la portée de personnes aux intentions malveillantes. Et, comme pour le narguer, le fameux message s’afficha à nouveau sur l’écran de son portable. Puis disparut l’instant d’après. Oussou se tourna vers son ami, l’air plus inquiet que jamais.

- Que dois-je faire, d’autant qu’il me demande de négocier ?

- Il ne faut surtout pas tomber dans son piège ! Ce sera un cercle vicieux duquel tu ne pourras plus jamais sortir. Ignore son message et mets ce temps à profit pour sécuriser davantage ton mur sur tous les réseaux sociaux que tu utilises… Par exemple, tu rentres dans tes paramètres, tu changes les modalités de connexion. Plus de connexion à partir de ta photo de profil. Tu changes ton mot de passe et tu associes désormais à ton compte un nouveau numéro, différent de ceux que tu utilises jusqu’ici. Comme ça, tu pourras être à l’abri des brouteurs. Et, surtout, tu changeras assez souvent ton mot de passe ! Dans l’immédiat, tu pourras aussi signaler cette situation au commissariat de police le plus proche, car on ne sait jamais. Enfin tu signaleras cela au siège social du réseau où un conseiller t’indiquera la conduite à tenir.

Oussou ne se fit pas prier. Sur place, il demanda à son ami un poste à partir duquel il se connecta à son compte. Il mit en partie en pratique les conseils qui lui avaient été prodigués. Sur le chemin du retour, il rentra dans une agence de téléphonie et paya une nouvelle puce qu’il associa à son compte. Il estima dès lors avoir sécurisé son profil et se sentit soulagé. Il prit de nouvelles résolutions. D’abord, il entreprit un nettoyage en règle. Ses amis virtuels étaient des milliers alors que dans les faits, il ne connaissait guère plus de mille. Et même là, il n’avait ni rencontré ni discuté avec la plupart d’entre eux depuis des lustres. Il supprima tout bonnement les contacts morts, ceux qu’il ne voyait plus. Ensuite, tout le reste de la journée, il bloqua systématiquement les messages émanant de personnes inconnues. Enfin, il ignora superbement toutes les nouvelles invitations de personnes inconnues. Contrairement à ses habitudes où il désactivait la connexion sur son portable pendant les heures de travail, ce jour-là, son regard était rivé sur l’écran et il réagissait chaque fois qu’il recevait un message d’un importun pour le bloquer. Mais son maitre chanteur ne fit plus signe. Aussi, Oussou rentra-t-il chez lui ce soir-là, le cœur léger.

Lorsqu’il prit le sac d’Oussou de ses mains pour l’aller déposer dans le salon, le gardien, mû plus par l’imprudence que par la certitude d’avoir joué un bon coup, demanda à Oussou pourquoi il n’avait pas réagi au message qui lui avait été envoyé. Interloqué, Oussou s’arrêta net, se tourna vers lui et demanda :

- De quel message parles-tu ?

Le gardien resta coi, ne sachant que répondre.

- Sidi, réponds-moi, de quel message parles-tu ? Qui t’a dit que j’avais reçu un message et que je devais y répondre, ta patronne ? Elle entendra de mes nouvelles celle-là…

Il se précipita dans la direction du salon. Mais le gardien courut à sa suite et le rattrapa.

- Non, chef. Ce n’est pas elle. D’ailleurs, elle n’est au courant de rien.

- Comment as-tu su alors que j’avais reçu ce message ?

- Euh… ! C'est-à-dire que… bégaya-t-il.

- C'est-à-dire quoi ? s’impatienta Oussou.

- C’est mon ami. Le fils du voisin. Il m’a surpris en train de fouiller ton portefeuille l’autre soir, quand je t’ai aidé à monter dans ta chambre.

- Quoi ? Fouiller mon portefeuille, toi ? Et dire que je te faisais entièrement confiance !... Ça, c’est une autre histoire que nous allons régler à part. Mais quel est le lien avec le fils de mon voisin et ce message dont tu me parles et auquel je suis sensé répondre ?

- En fait, ce soir-là, le fils du voisin m’a surpris et m’a menacé de dénonciation si je ne lui remettais pas les cartes magnétiques qui s’y trouvaient. Il m’a autorisé à prendre la somme de trente-deux mille francs avant de partir avec ton portefeuille et tout ce qui y était.

Oussou réalisa à ce moment qu’il s’était trompé sur le compte de son épouse. Au lendemain de sa cuite, il avait constaté en effet qu’il avait été soulagé de sa monnaie mais ne savait pas exactement le montant, ignorant combien de bouteilles il avait englouti. Il n’avait pas réalisé non plus que certaines pièces importantes manquaient, ayant pris l’habitude d’utiliser ses codes de mémoire.

- Vous vous êtes donc rendus coupables de vol et de complicité de vol tous les deux. Mais tu ne me dis toujours pas comment tu sais pour le message.

- C’est le fils du voisin qui est venu me réveiller ce matin. Et il m’a dit que nous allions avoir désormais beaucoup d’argent avec toi parce qu’il avait menacé de publier des images obscènes à partir de ton compte.

Tout devenait clair pour Oussou. Il savait enfin comment ses codes avaient été utilisés et par qui. Il savait également où et comment régler le problème… 


Eclairage

» A. L'indicatif
L'indicatif
est un mode personnel (qui se conjugue en personne) comme le subjonctif, le conditionnel et l'impératif.
Les temps de l'indicatif sont:
- le présent
- le passé composé
- l'imparfait
- le plus-que-parfait
- le passé simple
- le passé antérieur
- le futur simple
- le futur antérieur

» B. La concordance des temps
La chronologie de ces différents temps est liée au sens de la phrase. On parle alors de concordance des temps.
La concordance des temps s'applique dans une phrase contenant une proposition principale et une proposition subordonnée.

Le verbe de la proposition subordonnée peut exprimer :
- une action antérieure,
- une action simultanée,
- une action postérieure au verbe de la proposition principale.

» C. Les prinicpales règles de concordance.

1. J'utilise l'imparfait de l'indicatif dans la subordonnée pour exprimer la simultanéité.
Exemples :
- Je voyais qu'elle arrivait.
- Je vis qu'elle arrivait.

2. J'utilise le plus-que-parfait de l'indicatif dans la subordonnée pour exprimer l'antériorité.
Exemples :
- Il me racontait qu'il les avait déjà vus.
- Il me raconta qu'il les avait déjà vus.

3. J'utilise le passé simple de l'indicatif dans la subordonnée afin d'exprimer la brièveté.
Exemple : Je dormais quand l'orage éclata.

4. J'utilise le conditionnel présent dans la subordonnée pour exprimer la postériorité.
Exemples :
- Je compris qu'il n'y arriverait pas.
- J'avais compris qu'il n'y arriverait pas.

Remarque : lorsque le verbe de la subordonnée doit être conjugué au subjonctif, seuls le présent et le passé du subjonctif sont aujourd'hui utilisés dans le langage courant.
Exemple : Je voulais qu'il arrive à l'heure.

Source : nouvelobs.com


Ni ko ma kè N°005 du 27/01/17


Opinion

Ceux qui s'adonnent à l'adultère sur les lieux de travail sont souvent soumis au chantage de leurs collègues.
Adultère et chantage sur le lieu de travail

Adultère : Que celui qui n’a jamais péché…

Lorsqu’un conjoint trahit le serment de fidélité et se retrouve dans une position équivoque, les critiques vont bon train au sein de l’entourage. Ces critiques se font acerbes quand c’est la femme qui trébuche et qui tombe. Le voisinage, les parents proches et lointains, les collègues ; bref, tout le monde s’y met. La pauvre femme est qualifiée de femme infidèle, volage, indigne, maudite. Les critiques vont jusqu’à ses enfants si elle en a. Personne ne se demande cependant pourquoi et comment elle s’est retrouvée dans une telle situation. Est-ce à la recherche du sexe, de l’argent, de l’amour, de la tendresse, de la compréhension, de la compassion ? Au nom de la tradition et de la religion, on la confine dans un rôle et une place qui ne prévoient nullement l’option pour elle de prétendre au mieux-être. Le mari, l’homme fort est là pour pourvoir à tous ses besoins. Elle ne peut ni ne doit se plaindre d’un quelconque manque.

Franchir le pas pour se retrouver dans une telle situation n’est pas aisé, à coup sûr. En amont, il eut fallu des interrogations, des hésitations et… une grande résolution, celle d’en finir avec une vie basée sur le mensonge, sur les apparences. Il eut fallu aussi du courage pour assumer les conséquences possibles d’une telle option. Les conséquences de l’adultère sont énormes, inqualifiables et en particulier pour la femme, surtout si des enfants existent dans couple.


Arrêt sur image

Même les malvoyants se disent témoins occulaires quand il s'agit des scènes d'adultère.
Adultère et chantage

Nouvelle

Face à l'infidélité de leur partenaire, certains sombrent dans l'alcoolisme.
Infidélité et alcoolisme

Tel un effet de boomerang…

 Soussaba ayant décidé de faire payer à Oussou son infidélité connaissait toutes les maisons closes de Bamako, du moins celles qui avaient un aspect respectable, discret et propre. Elle était devenue une redoutable chasseresse dont l’instinct de prédatrice se réveillait chaque fois qu’elle voyait un bel homme. Non seulement elle n’était plus à la maison à dix-neuf heures, mais en plus, elle rentrait de plus en plus tard. Certains jours, elle sortait de la maison à la mi-journée et n’y retournait qu’au soir, tardivement. Oussou avait cru bon de se taire sur sa mésaventure, espérant qu’elle reviendrait sur de meilleurs sentiments. Mais Soussaba prenait goût à sa nouvelle vie et semblait ignorer jusqu’à l’existence de son nouveau-né. Ce dernier était désormais entre les mains de la servante qui s’occupait de lui sur tous les plans : toilette, biberon, sommeil…

 Et puis un jour, il tomba malade. Il se mit à vomir, sans arrêt. Au même moment, une diarrhée s’empara de lui, inexplicablement. La servante, comme d’habitude, avait veillé aux règles d’hygiène et aux doses indiquées pour le biberon du bébé. Face à son incapacité à expliquer les raisons de cette diarrhée et la fièvre persistante du bébé, Dilly se résolut à appeler sa patronne. Ses appels sonnèrent dans le vide. Inquiète, elle appela finalement Oussou qui regagna rapidement la maison. Ensemble, ils amenèrent l’enfant chez un pédiatre, ami d’Oussou. Après la consultation, il fit une ordonnance et proposa à Oussou de se retrouver le soir pour prendre un verre chez Bill, un nouvel hôtel avec bar qui était l’attraction de toute la ville. Mais pas que pour l’alcool qu’Oussou n’avait jamais goûté d’ailleurs ou la qualité de la musique… Ils évoqueraient le souvenir de leurs années d’études au lycée. Ils parleraient également des camarades de promotion dont ils avaient perdu la trace et de bien d’autres sujets de leur enfance…

 

Le même jour, Soussaba avait reçu un message sans équivoque sur les intentions de l’auteur : «J’ai envie de te voir, sentir l’odeur de ton parfum, te toucher, te serrer dans mes bras, te couvrir de baisers…». Ce message, elle l’avait attendu depuis qu’un soir, en sortant d’un concert, elle s’était fait déposée par un jeune à l’accent étranger et que le hasard avait placé sur sa route. Elle l’avait repéré depuis la salle de spectacle mais s’était gênée de l’approcher ou de lui faire un signe quelconque. Leurs regards s’étaient croisés plusieurs fois, mais chacun avait évité de trop s’intéresser à l’autre, du moins en apparence. Mais ils avaient tous pris soin de se détailler du regard et chacun avait trouvé en l’autre les critères physiques de ses choix en la matière.

A la fin du concert, Ablo déboucha d’une ruelle et se gara juste à la hauteur de Soussaba à qui il proposa de la déposer. Elle parut hésiter un instant puis se baissa sur la portière, reconnut le bel homme qui l’avait subjuguée peu avant dans la salle de spectacle. Elle répondit au salut qu’il lui fit d’un mouvement de tête ; saisit la poignée et ouvrit la portière. Elle s’installa à ses côtés et se laissa emporter par la mélodie de la belle chanson «Ayemi» de Sékouba Bambino Diabaté. La climatisation donnait à fond. Il démarra sur les chapeaux de roue avant de lui demander sa destination. Ce qu’elle lui indiqua. Ils gardèrent tous les deux le silence, savourant cette belle musique et profitant de l’air conditionné après la chaleur de la salle de concert dont la ventilation était des plus défectueuses. Puis Ablo rompit le silence :

- Pourquoi une si belle créature vient-elle seule à un concert ?

- Parce qu’elle est à la recherche de son amour, répondit-elle, joueuse. Et elle fredonna un air de la chanson «Je t’offrirais cent paires de souliers ; je t’offrirais cent pantalons ; je t’offrirais cent boubous pour que tu me dises où retrouver mon amour…»

Il partit d’un fou rire. La regarda à nouveau et lui dit : «Tu ne t’attends quand même pas à ce que je te croie !»

- Pourquoi ? s’étonna-t-elle.

- Une aussi belle femme comme toi…

- Je connais la chanson. Mais aussi surprenant que cela puisse paraitre, je suis à la recherche de l’amour.

- Tu me donnes donc l’occasion de te poser une question quelque peu indiscrète : tu es célibataire ?

- Non. Mais je ne suis pas heureuse dans mon foyer. Aussi suis-je à la recherche de l’amour…

Ablo ne peut s’empêcher de la dévisager. Il avait de la peine à comprendre ce qu’il venait d’entendre : quoi ? Une femme noire, malienne de surcroit, affirmer sans gêne qu’elle ne se sentait pas heureuse dans son foyer et qu’elle était à la recherche du bonheur, sans aucune gêne !

Sa surprise était d’autant plus grande qu’elle était jeune. Il ne pouvait donc nullement la classer dans le lot des couguars dont il avait entendu parler et dont Bamako regorgerait. Serait-elle une femme frivole à la recherche du plaisir ou une femme que les contingences de l’urbanité poussent à se prostituer et qui, pour ce faire, se cache derrière cet alibi. Il était à ses interrogations quand elle le ramena à la réalité avec un éclat de rire.

- Tu es sans doute en train de te poser des questions à mon sujet. Mais rassure-toi, je suis normale, je suis mariée, je ne suis pas dans le besoin sur le plan financier ou matériel. Je ne suis pas non plus une nympho. J’ai juste décidé de faire payer à mon mari son inconscience. Il a osé envoyer sa copine jusque dans mon foyer pour me narguer sous prétexte de m’apporter des cadeaux à la naissance de mon enfant. Il m’a montré ainsi que j’étais tout juste un objet sexuel à ses yeux ; je le lui ferai payer avant de me ranger.

- Je ne te juge pas, loin de moi cette prétention. Je suis plutôt à m’interroger sur tes motivations profondes, sur les conséquences de ton infidélité pour ton foyer et pour celui qui prendrait le risque de sortir avec toi si d’aventure ton mari venait à le découvrir…

- Oh, c’est le dernier de mes soucis. De toutes les façons, il le sait déjà : tous les jours à dix-neuf heures, je fais l’amour, avec ou sans lui. Du coup, quand je sors avant son arrivée, il ne peut que s’en prendre à lui-même…

Ablo se dit qu’il avait là une aubaine. En même temps, il avait peur : bien qu’il fût un véritable coureur de jupons, il n’avait jamais rencontré auparavant une femme qui affichait avec autant de liberté sa sexualité, ou plutôt son infidélité et qui semblait l’assumer. Cette situation inédite était de nature à refréner ses ardeurs d’étalon en quête de sensations fortes et d’aventures sans prise de tête. Ils entretinrent la conversation jusque dans le quartier de Soussaba. Ablo voulut la déposer à l’angle de la rue et continuer discrètement, de peur de se faire remarquer par quelqu’un. Mais elle insista pour se faire déposer à l’entrée d’une villa cossue. Au lieu de descendre, elle resta allongée sur le siège passager, prit son numéro et lui promit de le rencontrer une autre fois, s’il la trouvait à son goût. Car, selon elle, contrairement aux hommes qu’elle avait rencontrés jusque-là, il était le seul à ne lui avoir pas fait d’avances. Ils échangèrent donc les numéros et un premier baiser, plutôt furtif.

Ablo, sur le chemin du retour, était en proie à mille et une interrogations : une femme aussi belle et distinguée ne peut pas se retrouver dans la posture d’une chasseresse. Ce serait vraiment timbré de sa part que de la traiter de catin ou de femme maudite. Elle a sans doute des raisons valables pour expliquer son comportement. Ablo se promit donc, en bon psychologue, de l’aider à remonter la pente et à revenir à une vie conjugale normale et épanouie.

Mais au lieu de cela, arrivé à la maison, il enregistra son numéro dans son répertoire sur un réseau social bien connu et put découvrir combien son album était riche en photos suggestives. Il lui adressa une demande d’invitation à laquelle elle répondit presqu’instantanément. Ils clavardèrent un bon moment et les échanges s’orientèrent rapidement vers la possibilité d’une rencontre. Cependant, en raison des missions de terrain pour le compte de l’ONG qui l’employait, Ablo dut voyager assez souvent. Ils ne se retrouvaient donc qu’à de rares moments où le psychologue succombait au charme de sa patiente plus qu’il ne l’aidait à sortir de son problème.

 

Chez Bill, Oussou et son ami pédiatre était là depuis une bonne heure. Ils savouraient un mélange exquis de rumba et de salsa. La lumière, discrète à souhait, permettait aux clients de rentrer et de sortir sans être identifiés par les clients attablés. Des jeunes à peine sortis de l’adolescence apportaient à leur manière un démenti formel à ceux qui s’étaient imaginé que les statistiques sur la consommation d’alcool par les jeunes du pays relevaient d’une vue de l’esprit. De la consommation d’alcool, leur conversation avait tourné vers la prolifération des maisons closes et leur impact sur la stabilité des foyers. Ils évoquaient encore ce sujet quand, dans la pénombre, une silhouette attira l’attention d’Oussou. C’était celle d’une femme belle, élancée, habillée avec goût. Cette femme ne pouvait être que… Soussaba. Oussou en eut le souffle coupé. Il se leva d’un bond et fonça dans la direction du couple. Instinctivement, son ami se leva et le rattrapa. Il regarda dans la même direction et reconnut à son tour Soussaba. Comme mû par une force surnaturelle, Oussou se débattit et s’arracha des mains de son vis-à-vis, courant dans la direction de son épouse qui marchait derrière Ablo.

Son ami le rattrapa à nouveau et lui dit calmement mais fermement : «Tu ne vas quand même pas te donner en spectacle en ces lieux ! Si tu les voyais venir, ton geste aurait eu un sens, parce que tu les aurais empêchés de commettre un acte quelconque. Mais là, le mal est déjà consommé. Tu peux et dois régler ce problème calmement et froidement.»

Oussou venait de recevoir comme un coup de massue et se calma net : un scandale dans ces circonstances associé à son nom aurait une conséquence fâcheuse pour lui, pour sa famille. Comment sa femme eût-elle pu se trouver dans cette situation ? Aurait-elle mis à exécution sa menace ? Se pouvait-il qu’au moment même où il décriait la prolifération des maisons de tolérance et leur conséquence néfaste sur les mœurs, il en aurait la preuve irréfutable ?

En trompant son épouse, en la délaissant pour suivre Sara dans ses folies, en oubliant tout simplement de lui porter l’attention requise, il avait laissé le terrain libre à son imagination, à sa soif de tendresse et d’imagination. En oubliant les promesses d’amour et de fidélité qu’il lui avait faites, il avait laissé la porte ouverte à l’aventure. De son côté, Soussaba s’était sentie comme trahie. Les sentiments ayant pris le dessus sur la raison, elle avait décidé de résoudre le problème par ses propres moyens. Mais elle n’avait pas calculé les risques liés à un tel choix : les sociétés africaines, phallocratiques par essence, toléraient plus l’infidélité de l’homme que celle de la femme ; elle serait donc indexée, mise au banc des accusées. Au nom de la religion et de la tradition, elle serait jugée perverse, indigne, maudite, destinée à pourrir en enfer !

Quant à Oussou, il se laissa raisonner par son ami. Ce dernier lui prodigua des conseils sur l’attitude à adopter face à une telle situation, et surtout sur la nécessité de garder son calme dans la recherche de solution. Il s’assura qu’Oussou n’avait pas d’arme à feu à la maison et qu’il n’envisageait pas régler le problème par la violence. Il lui conseilla d’utiliser les services d’un sage du quartier ou du démarcheur de leur mariage pour trouver la solution au problème. Oussou promit de rester digne et de ne jamais s’en prendre à Soussaba. Ils se quittèrent donc.

Mais Oussou, à quelques mètres de son domicile s’arrêta devant un bar. Il était connu du propriétaire des lieux. Ce dernier était étonné de voir Oussou s’attabler chez lui. Il avait été davantage surpris quand Oussou commanda une bière, puis une autre et après une troisième et ainsi de suite jusqu’à la fermeture du bar. Au bout du compte, Oussou ne tenait plus sur ses jambes. Le tenancier du bar avait dû recourir à l’aide de son gardien pour ramener Oussou chez lui, inconscient. Il avait sombré dans l’alcool cette nuit-là, ayant avalé une demi-douzaine de bouteilles. Sa vie venait de basculer…


Eclairage

EVITEZ LES EXPRESSIONS A GAUCHE DES POINTILLES ET DITES CELLES D’A DROITE
(Peut-être que vous, vous ne les confondez pas, mais d'autres le pourraient...)

C’est complètement achevé….. C’est achevé
Collaborer ensemble….Collaborer
C’est assez satisfaisant….. C’est satisfaisant
Il faut au grand maximum….. Il faut au maximum
Il ajouta en plus….. Il ajouta
Car, en effet….. Car
S’entraider mutuellement…… S’entraider
Je l’ai prévu d’avance…… Je l’ai prévu
C’est une jeune fillette….. C’est une fillette
Pour terminer enfin…..Pour terminer
Il en redemande encore….. Il en redemande
Puis ensuite/ puis après…Puis
C’est plus essentiel….C’est essentiel
Répéter encore…… Répéter
Descendre en bas….. Descendre
Marcher à pied….. Marcher
Notre première priorité…. Notre priorité
Entrez dedans…Entrez
Il suffit simplement de… Il suffit de…
Il suit derrière…Il suit
Il faut reprendre encore…. Il faut reprendre
C’est une première initiative…. C’est une initiative
Unique et seul en son genre….. Unique en son genre
C’est plus pire…. C’est pire
Décédé à la suite d’une hémorragie de sang….. Décédé à la suite d’une hémorragie
On gèle de froid ici….. On gèle ici
C’est plus mieux….. C’est mieux
NB : Il n’y a pas de pléonasme si « bas, haut…» sont suivis d’un complément.
Exemples : Je descends en bas de l’étage
Je monte en haut de l’étage.

Contribution de Mamadou Diallo, Professeur de Lettres Modernes au Lycée Mamadou M'Bodj de Sébénikoro


Ni ko ma kè N°004 du 20/01/17


Opinion

Le pays est dans une situation sécuritaire critique, la quasi-totalité du territoire étant en zone rouge.
Carte sécuritaire du Mali

Sécurité : Qui peut le plus, peut le moins

 La tenue à Bamako du 27ème Sommet des Chefs d’Etat d’Afrique et de France a été l’occasion d’un déploiement d’hommes et de femmes jamais égalé au Mali. Le défi sécuritaire a été relevé de l’avis de tous. A tel point que l’on avait été tenté de poser des questions à qui de droit sur les manquements graves constatés naguère dans le domaine. Mais l’attaque cette semaine du camp du Mécanisme Opérationnel Conjoint (MOC) à Gao nous ramène à la triste réalité.

 Qui n’a jamais été surpris de constater que du point de départ à l’arrivée, les véhicules de transport traversent le Mali d’un bout à l’autre, sans contrôle aucun ? Qui n’a jamais remarqué avec quelle désinvolture les agents commis à la sécurité d’un événement ou d’un édifice public se laissent divertir par des détails qui ne relèvent nullement de leur mission ? Qui n’a jamais été offusqué par la légèreté avec laquelle les contrôles sont effectués par des équipes de patrouilles nocturnes ? Bref, qui n’a jamais été témoin de la désinvolture avec laquelle nos services de sécurité s’acquittent de leur mission ?

 Les services de sécurité ont besoin de moyens conséquents pour s’acquitter correctement de leur mission. Pour autant, ils ne doivent pas perdre de qu’ils sont les principaux concernés. Parce qu’ils sont les premières victimes des attaques terroristes, les porteurs d’uniformes ont intérêt à changer de comportement et à faire preuve de rigueur dans l’exercice de leur métier.


Arrêt sur image

Entretien à huis los entre le Président français et les responsables militaires de l'opération Barkhane dans le Sahel.
François Hollande, Président de la République de France en visite à Gao

Nouvelle

En vue de la sécurisation des personnes et de leurs biens, des unités de la police nationale procèdent à des patrouilles nocturnes à Bamako et environs, souvent en relation avec la gendarmerie et la garde nationales.
Patrouille à Bamako

Cachés sous le soleil…

 Une rafale, puis une autre. Deux hommes tombèrent au sol, criblés de balles. Le troisième se réfugia dans la guérite, pour se mettre à l’abri et préparer la riposte. Il n’eut cependant aucune chance : un homme placé à cinquante mètres de là, de l’autre côté de la voie le tenait dans l’œil de mire. Les assaillants disparurent comme ils étaient arrivés, à bord d’une voiture noire non immatriculée qui récupéra le troisième homme avant de partir sur les chapeaux de roues. Il s’en suivit une débandade, les rares passants à cette heure matinale cherchant à s’abriter rapidement, ignorant les détails de ce qui se déroulait. La rumeur courut aussitôt, enfla même : des terroristes auraient attaqué la capitale. En moins de temps qu’il n’en fallut, le secteur fut fermé à la circulation, créant des scènes de panique. Des hommes en arme avaient coupé les voies d’accès au square. Ils étaient là, alertes et inquiets, le doigt sur la gâchette, prêts à tirer. Quelques commerçants ayant déjà installé leur étal à cette heure, témoins de la fusillade, étaient interrogés par des policiers. L’armée était arrivée en renfort, de même que la gendarmerie et la garde nationale.

 Si les réseaux sociaux avaient permis aux populations d’être informés presqu’en temps réel de la fusillade, les autorités par contre le furent par le réseau de communication de la police. Le Ministre de la sécurité, qui était en route pour ses bureaux, changea d’itinéraire et se rendit aussitôt sur les lieux. Le commissaire du 10ème Arrondissement, dont dépend le secteur, était déjà là avec tous les limiers de son ressort. Il fit un rapide topo à l’intention de son supérieur. Lui aussi, sans attendre, informa le Premier Ministre de la situation. Une réunion de crise était annoncée pour analyser la situation et tenir le Président de la République informé à son tour, avec tous les détails possibles. Le Procureur de la République était convié à cette rencontre.

A huit heures donc, tous les rendez-vous de la matinée avaient été décalés à la Primature. Les demandeurs d’audience étaient informés soit par courrier électronique ou par appel téléphonique de l’empêchement de l’hôte des lieux pour raison d’Etat. Pendant ce temps, un véritable défilé avait lieu devant le perron de l’immeuble abritant les bureaux du PM. Des 4x4 rutilantes débarquaient les membres du Gouvernement concernés par la question ainsi que tous les directeurs généraux des services de sécurité. A neuf heures tapantes, le PM entra dans la salle de réunion. Tous se levèrent pour le saluer. Il s’installa et invita les participants à la réunion à en faire autant. Machinalement, les uns et les autres éteignirent leur portable et ouvrirent les dossiers posés devant eux. La réunion pouvait commencer.

 

De l’autre côté de la ville, Abdel Nasser débarqua d’un taxi et s’engouffra dans la villa qu’ils avaient louée deux semaines plus tôt. Trente minutes plus tard, Sahid arriva d’un pas nonchalant après s’être fait déposé au terminus de la ligne des SOTRAMA reliant leur quartier au centre-ville. Quant à Tidiane, il retrouva le duo en milieu de matinée, après avoir abandonné la voiture noire devant une boite de nuit et après avoir lui aussi emprunté un taxi à deux pâtés de maisons de ladite boite. Une fois le trio constitué et convaincu que personne ne les avait suivis, Sahid, qui semblait en être le chef, sortit un téléphone satellitaire et envoya un court message à un numéro : « Mission accomplie ».

La veille, Sahid avait eu une réunion importante avec des gens de haut niveau au bar d’un hôtel huppé de la place. Il y avait autour de la table Sahid, deux diplomates étrangers et deux officiers supérieurs. Sahid avait fait le lien entre les nationaux et les étrangers. Ils étaient arrivés en rang dispersés et tous autrement que par leur véhicule de fonction. Ils avaient passé leur commande aux frais de Sahid et avaient discuté à voix basse, se taisant même souvent quand le serveur s’approchait de leur table. Le plus gradé des officiers se chargeait de la voiture banalisée ; les deux diplomates s’occupaient quant à eux des armes et des munitions. Sahid avait donné des garanties concernant le professionnalisme et la discrétion de ses hommes. La réunion pouvait donc se terminer. Ils repartirent discrètement, comme ils étaient arrivés. Sahid récupéra dans un sac de voyage les armes et les munitions deux rues plus loin. Il marcha le long de la rue et prit place à bord de la voiture noire dont les clés lui avaient été discrètement remises avant la fin de la réunion.

En cours de route, il croisa une patrouille de la police nationale. Une dame plantureuse vint à sa rencontre. Elle était dépenaillée, brouillonne, l’air méchant ; Sahid garda son calme cependant. Et, contre toute attente, la dame s’accouda à la portière et l’informa que l’équipe avait soif. Elle s’attarda volontiers pour lui permettre de profiter du spectacle de ses seins débordant du justaucorps qu’elle avait porté en lieu et place du tee-shirt réglementaire. Elle demanda son numéro de téléphone et lui donna le sien, espérant entamer plus tard une aventure sans lendemain. Mais Sahid lui fila un faux numéro. Les pièces du véhicule et du conducteur n’étaient visiblement pas au nombre des préoccupations de l’agent de sécurité. Sahid lui fila un billet de cinq mille francs et continua son chemin sans que cette générosité n’éveillât la curiosité des bénéficiaires. Après avoir soigneusement camouflé les armes et les munitions sous les sièges, Sahid entra dans le Bar La Source, situé à une cinquantaine de mètres de l’Institut Culturel et que les noctambules ne quittaient qu’au petit matin. Il y entra et se fraya un chemin jusqu’au fond. Il passa sa commande et attendit longtemps avant d’être servi. Il ne s’impatienta nullement pour autant. Au contraire, cette situation l’arrangeait. La serveuse mit ce temps à profit pour l’observer longuement. Elle connaissait tous les clients fidèles et n’avait jamais vu celui-ci. Il n’avait pas non plus l’air d’un habitué des bars. Il prit tout son temps pour achever la première bouteille de sucrerie. Il savourait pendant ce temps une sélection éclectique comportant Salif Keïta, Sékou Ba Bambino Diabaté et bien d’autres sommités de la musique mondiale.

Aux environs d’une heure du matin, Tidiane le rejoignit et commanda deux petites bières. A la différence de Sahid, le nouvel arrivant était d’une apparence plutôt avenante. Il portait un jean délavé et un tee-shirt noir à l’effigie d’une célèbre équipe de basketball. Il avait aux oreilles des écouteurs et avait une casquette portée à l’envers, dans le style des rappeurs. Aussitôt servi, il attrapa la bouteille de bière et l’avala d’une traite, ignorant le verre posé à côté. Il se leva précipitamment dans la direction de la serveuse, la rattrapa par la taille avant qu’elle ne quittât la scène réservée pour les éventuels danseurs. Il l’enlaça et se mit à danser le kizomba avec elle.

 Comme si elle n’attendait que cela, Diaty se laissa entrainer. Des curieux avaient commencé à s’attrouper autour du couple. Ils évoluèrent sur la scène comme s’ils se connaissaient de longue date et qu’ils avaient préparé la séquence ensemble, en totale fusion. A la fin de la partie, ils eurent droit à quelques applaudissements nourris. Tidiane remercia sa cavalière et regagna sa chaise comme si de rien n’était. Sahid le regarda avec étonnement mais ne commenta point son attitude. Tidiane avait été recruté par le bailleur du gang après des mois d’approche. Il avait appris de façon fortuite que Tidiane avait été victime d’une désillusion. Il avait entrepris de le recruter et de lui confier une mission digne de ses ambitions.

 Abdel Nasser rejoignit le duo peu avant quatre heures du matin. Il les repéra facilement, le bar étant presque désert à cette heure-là. Diaty vint prendre sa commande et repartit derrière le comptoir avant d’en revenir avec trois bouteilles de bière, cette fois pour les trois. Ils chuchotaient et se taisaient chaque fois que quelqu’un s’approchait trop d’eux. Comme s’ils avaient une horloge intérieure, ils se levèrent d’un bond à cinq heures et demie. Sahid paya la note pour les trois et ils se dirigèrent vers la sortie…

 

 Le Conseiller Spécial du PM fit un clin d’œil à son vis-à-vis. Le plan machiavélique qu’ils avaient concocté consistait à prouver l’incapacité du Ministre de la Sécurité à garantir la sécurité des personnes et de leurs biens pour obtenir son éviction du gouvernement. Ils avaient déjà fait enlever et égorger nuitamment un mendiant sur le trajet que le PM emprunte chaque matin pour se rendre au bureau. Ils avaient également maquillé un règlement de comptes entre des policiers et des trafiquants d’armes en attaque terroriste, surfant sur la psychose créée par la situation dans le septentrion. Comme pour accabler le ministre déjà sur des braises ardentes avec des affaires de corruption à la pelle dans son cabinet et dans ses services rattachés, de paisibles populations étaient dépossédées de leurs biens en plein jour, au su et au vu de tout le monde à la faveur d’attaques d’une rare audace. Les choses semblaient aller dans le sens où ils l’ont voulu, car avant l’arrivée des participants à la rencontre, le PM lui avait laissé entendre que le Ministre avait atteint son seuil d’incapacité et que si la situation perdurait, il demanderait au boss un réaménagement pour le débarquer de l’attelage gouvernemental. D’ailleurs, avec sa franchise légendaire, le PM avait eu du mal à sauver les apparences et avait superbement ignoré la main tendue du ministre.

 La réunion fut houleuse et interminable. Le PM écouta attentivement le ministre. Il donna ensuite la parole aux différents responsables en charge de la sécurité. Ses conseillers prirent ensuite la parole à tour de rôle pour poser des questions d’éclaircissement ou émettre un avis sur les dispositions à prendre pour sécuriser davantage les personnes et leurs biens sur toute l’étendue du territoire. Chacun y allait de sa stratégie. Toutes étaient analysées, passées au crible des experts autour de la table.

 A quatorze heures, le PM fit observer une pause, pour permettre aux participants à la réunion de prendre des forces et de s’acquitter de leurs obligations religieuses. Un repas copieux fut servi par un traiteur que le régisseur de la primature, prévenant, avait contacté pour ce faire. L’inévitable thé vert de Chine à la menthe coulait déjà à flots. Les gardes affectés à la sécurité du PM suivaient de leur assiduité les serveuses, l’un d’entre eux promettant à celle qu’il avait ciblée des vacances paradisiaques aux iles Galápagos si elle acceptait ses avances.

 Le PR, à qui le PM avait fait un rapide compte rendu pendant la pause, avait ordonné la suspension de la réunion et le limogeage du ministre de la sécurité. Il en avait assez des bruits de casserole que ce dernier traînait derrière lui. Il lui fallait un homme à poigne, à cheval sur les principes et, surtout, irréprochable dans son parcours académique et professionnel. Il s’est dit désormais intraitable sur les questions de sécurité : personne ne le trimbalerait encore ni ne se hisserait à son niveau à cause de l’incapacité des agents commis à cette fonction !

 Le PM en informa son conseiller spécial à qui il fit la proposition d’occuper le poste du ministre de la sécurité. Le conseiller ne se fit pas prier. Le PM le chargea de conduire le reste de la réunion. Au terme des échanges, il réintégra son bureau, alluma son téléphone et reçut en différé plusieurs appels en absence et un message envoyé depuis le matin. Il y répondit aussitôt : « Mission accomplie ».

 Le PR ayant décidé de prendre toutes ses responsabilités, l’édition de 20 heures du JT commença par la lecture d’un décret mettant fin aux fonctions du ministre de la sécurité. Etait nommé à ce poste stratégique, le désormais ancien conseiller spécial du PM. L’instant d’après, son téléphone était assailli d’appels et autres messages de félicitations. Il savourait déjà sa victoire, leur victoire. Le groupe s’était juré d’avoir la tête du ministre depuis qu’il avait eu la maladresse de tenir des propos désobligeants à l’endroit d’un diplomate, membre influent du cartel de la drogue installé depuis peu dans le septentrion. Cet homme venait d’apprendre à ses dépens que quiconque avait une tête de beurre ne devait pas trop s’approcher du four. Ainsi, les gens que les limiers du 10ème arrondissement devaient chercher dans les quartiers malfamés de Bamako se trouvaient sous les projecteurs de la lutte contre l’insécurité, exposés à la lumière du jour. Il y eut cependant quelqu’un pour présenter cet acte ignoble comme la manifestation de la colère divine au regard des agissements prohibés de Sa créature. A quoi aurait donc servi le jugement dernier s’Il devait châtier les mécréants ici-bas ? N’a-t-Il pas mieux à faire que de se servir de vendeurs de drogues et autres fornicateurs et forbans pour faire expier aux humains leurs fautes ?


Eclairage

Retour en arrière : difficile d’imaginer un retour en avant je crois.

 Geler de froid : certes, quand c’est froid, ça peut brûler aussi, mais bon.

 Commencer d’abord : il faut bien commencer quelque part, mais ce sera forcément en premier.

 Un taux d’alcoolémie : alcoolémie = taux d’alcool dans le sang. Donc le taux d’un taux ? Pas simple.

 Le faux prétexte : un prétexte c’est quelque chose qu’on invente, donc c’est par essence faux, non ?

 Caserne (ou garnison) militaire : je ne savais pas qu’il existait des garnisons civiles.

 Populations civiles : parle-t-on a contrario de populations militaires ?

 Lorgner sur : on « louche sur », mais « on lorgne » (transitif direct) les bons gâteaux qui sortent du four !

 Le principal protagoniste : les protagonistes de second plan sont-ils encore des protagonistes ?

 Talonner de près : pour talonner faut être dans les talons. Donc pas trop loin quoi.

 Un hasard imprévu : prévoir les choses peut-il occasionner du hasard ?

 Répéter deux fois : si on « répète » c’est qu’on a déjà dit, donc au moins une fois, ce qui fait deux en tout !Mais on peut dire bien sûr « répéter trois, quatre, dix fois… »

 Dresser les cheveux sur la tête : a-t-on des cheveux ailleurs ?

 C’est de lui dont je parle : dans « dont » il y a déjà « de ». Donc « c’est lui dont je parle » ou « c’est de lui que je parle ». Mais pas un mélange des deux.

 Démissionner de ses fonctions : de quoi d’autre sinon ?

 Un revolver à barillet : un revolver est une arme à barillet.

 Mitonner lentement : mitonner du vite-fait, le résultat n’est pas garanti !

 L’apparence extérieure : l’apparence intérieure est assez compliquée à catégoriser.

 Autorisation préalable : si on autorise une action ou autre, c’est forcément avant de la faire.

 Avertir (pronostiquer) à l’avance : une fois que le truc est passé, on ne peut plus trop avertir.

 Claquer bruyamment la porte : on peut essayer de la claquer doucement, mais cela fera toujours du bruit…

Continuer encore : on peut s’arrêter de continuer, mais si on continue, c’est encore et encore… (et c’est que le début…)

Cotiser à plusieurs : eh oui, « co-» cela veut dire ensemble.

Importer de l’étranger : importer du pays où l’on est déjà, c’est compliqué.
Illusions trompeuses (ou mirage trompeur) : n’est-ce pas le but de l’illusion que de tromper ?

Au maximum de son apogée : très lourd, là, l’apogée étant déjà le maximum par définition.

S’aider mutuellement : s’aider tout seul, c’est pas le mieux pour progresser.

Les perspectives d’avenir : celles du passé ne sont plus trop des perspectives.

Un bref résumé : un long résumé n’est plus un résumé.

Dépenses somptuaires : somptuaire = relatif aux dépenses, notamment inutiles, ou luxueuses. Des taxes ou impôts peuvent être somptuaires, mais ce seront toujours quelque part des dépenses.

Les étapes successives : les étapes se suivent déjà.

Les méandres sinueux : un méandre est déjà tortueux, pas la peine d’en rajouter.

Devenir par la suite (ensuite) : devenir avant n’est pas facile.

Cadeau ou don gratuit : payer pour avoir un cadeau, c’est pas cool.

Un ciel constellé d’étoiles : consteller = étoile.

Averse de pluie : la pluie c’est forcément une averse.

Bourrasques de vent : une bourrasque, c’est déjà du vent, mais je n’espère pas que ce soit le cas de cet article !

Être devant une double alternative : en français, une alternative est une situation dans laquelle deux choix s’offrent, pas plus.

Hémorragie sanguine : de quoi d’autre peut-on saigner, à part du sang ?

S’esclaffer de rire : on peut s’esclaffer de ce pléonasme, mais ce sera de rire de toute façon ! S’esclaffer = pouffer, donc de rire.

Un haut building : un building peut être plus petit qu’un autre, certes, mais il reste de toute façon haut.

Des précédents par le passé : tout ce qui arrivera demain n’est pas vraiment un précédent.

(Suite de la contribution d'Abdoul Malick Diallo) 


Ni ko ma kè N°003 du 13/01/17


Opinion

Emploi des jeunes : C’est le fonds qui manque le moins…

Les études, symposiums et autres forums sur le sujet aboutissent invariablement sur la même conclusion : la formation délivrée dans nos établissements n’est pas articulée sur les besoins du marché de l’emploi. Malgré cela, depuis toujours, l’Etat continue à former dans les mêmes filières non porteuses d’emploi et à déverser sur le marché de l’emploi des jeunes théoriquement diplômés mais pratiquement et généralement inaptes au travail.

 Cela devrait être moins pénible à supporter pour les nouvelles générations si le marché de l’emploi n’était pas le fait d’une pratique frauduleuse éhontée. Les anciens qui devraient normalement accueillir avec joie les jeunes et les préparer à assurer la relève s’éternisent à leurs postes, parfois au prix de fraudes diverses sur leur état-civil. Ce qui fait que beaucoup continuent à travailler alors que leurs camarades d’âge ou même leurs petits frères sont déjà retraités.

 Du moment qu’il n’y a pas une école où les jeunes sont formés à l’expérience professionnelle, les périodes de stage indispensables pour se qualifier devraient être une réalité mais de courte durée. En outre, les emplois pourraient et devraient être créés dans des filières du tertiaire. Le potentiel du Mali et les défis à relever sont tels qu’aucun jeune de devrait être sans emploi. Il faut un peu de vision et une juste répartition des ressources. «En tout cas, c’est le fonds qui manque le moins».


Arrêt sur image

Dans bien des cas, les reruteurs s'intéressent à des choses qui ne sont pas sur le curriculum vitae.
Entretien d'embauche

Nouelle

Certaines filles mettent en avant des atouts qui ne sauraient figurer sur leur cv.
Première embauhe

Une plaisanterie de mauvais goût…

 Rama était pressée de retrouver ses amies. Elles avaient décidé la veille de se retrouver au rond-point de la paix pour rendre visite à leur chef d’agence dont la femme avait accouché de jumeaux. L’idée de s’y rendre venait de Sara, la belle princesse. Elle voulait y aller mais ne pouvait le faire seule. Sa liaison avec Oussou avait défrayé la chronique. Tout le monde au bureau en était informé. Ils étaient les seuls à croire au caractère confidentiel de ce qui était un secret de polichinelle. Rama et toutes les autres avaient donc joué le jeu du relationnel vis-à-vis de leur collègue alors qu’elles offraient l’opportunité à leur amie de voir le nouveau-né de son amant.

 Ce dernier était un bel homme, du genre irrésistible, impitoyable bourreau des cœurs. Il avait la taille moyenne et le corps svelte. Il avait la peau légèrement claire pour un Africain et avait le beige, le bleu et le gris dans leurs différents tons comme couleurs de prédilection. Issu d’un milieu nanti, il avait fait de brillantes études au pays puis à l’étranger et était doté d’une rare culture générale. Il s’était bâti une solide réputation dans son cercle professionnel, avec à la clé une rapide ascension dans son domaine de compétence. Au premier abord, il offrait un sourire radieux et ravageur à tous, en particulier aux femmes. Mais cela n’était sans doute pas du goût de tous, surtout pas de sa femme, jalouse à mourir et des autres hommes qu’il éclipsait en tout et partout ! Il avait une grande facilité pour créer les contacts, susciter et animer la conversation, même sur les sujets les plus anodins. Il se savait objet de convoitise de la part des femmes et soignait particulièrement sa toilette pour attirer leur attention et les retenir auprès de lui. Ses habits étaient choisis avec goût chez les meilleurs couturiers de la place quand ils n’étaient pas achetés dans la boutique haut de gamme la mieux quottée de la ville. Dans son sillage ou après une poignée de main, il laissait trainer les effluves d’un doux parfum dont il devait être le seul à détenir la composition, car personne n’était parvenu à dire le nom de sa marque. Bref, Oussou avait du goût et de la classe ; il influençait positivement tous ceux qui l’approchaient, hommes et femmes ! Ses collègues, surtout les femmes, ne cessaient de s’interroger sur les raisons qui l’avaient poussé à épouser Soussaba, une femme peu instruite et venue tout droit du village. Mais le cœur, aimait-il dire, avait ses raisons que la raison ignorait.

 Un jour, en sortant de son bureau, il aperçut Sara, une jeune dame élégante, belle à ravir. Leurs regards s’étaient croisés. Chacun garda le sien rivé sur l’autre. Les secondes parurent interminables et les deux protagonistes figés. Oussou arbora son sourire lumineux accompagné d’un rapide salut de la tête. Sara le lui rendit puis, finalement, baissa les yeux, donnant à Oussou le loisir de la détailler du regard. Elle était grande, stylée, belle. Elle portait un tailleur qui lui allait à merveille avec des chaussures à talons compensés. Elle avait opté pour un discret fond de teint et n’avait pas, comme à son habitude, forcé la main sur le rouge à lèvres. Mais rien de tout cela n’avait entaché sa beauté au-dessus de la moyenne. Elle avait décidé de paraitre simple pour son entretien d’embauche, réunissant dans un cartable rangé dans son sac à main le strict minimum pour un tel exercice : les copies légalisées de ses références académiques, une lettre de motivation, des références et son curriculum vitae actualisé.

 Elle se dirigea vers l’écriteau indiquant le secrétariat particulier et frôla presque Oussou. Tous deux se retournèrent après s’être dépassés et faillirent percuter des gens marchant dans leur direction. Ils se reprirent rapidement cependant et marchèrent chacun résolument vers son but. A son retour dans son bureau une demi-heure après, Oussou retrouva son vis-à-vis assise à son secrétariat particulier en même temps que d’autres usagers. Serait-ce donc la personne qui avait adressé une demande d’embauche pour le poste vacant de responsable des opérations et qu’il attendait ? Si c’était le cas, elle serait venue avec une très grande avance. Mais bon, chacun avait sa façon de s’occuper de ses propres affaires.

 Oussou congédia presque les usagers introduits par la secrétaire avant la belle inconnue, puisqu’il était pressé d’être en face de celle-là. Quand elle franchit le seuil de son bureau, il eut le souffle coupé. Son adrénaline était montée d’un cran, sa gorge se noua, ses mains devinrent moites : elle était là, splendide, marchant dans sa direction. Serait-ce un coup de foudre ? Il recouvra rapidement ses esprits, se leva et lui tendit une poignée de main ferme, les yeux dans les siens et son plus beau sourire sur les lèvres. Elle lui serra la main tout en prononçant son prénom : Sara. Il se présenta à son tour et l’invita à prendre place.

D’entretien d’embauche, il n’en fut rien. Oussou et Sara, après les salutations d’usage, échangèrent sur tout sauf l’objet de sa présence : le temps qu’il faisait à Bamako, le dernier concert de Davido, l’insécurité ambiante, l’attaque du restaurant La Terrasse... Au bout d’une heure, Oussou appela son assistante sur l’interphone et lui demanda d’ouvrir une chemise au nom de Sara qui occuperait désormais le poste de responsable des opérations. Surprise par la conclusion hâtive de l’affaire, l’assistante fit remarquer que les procédures n’avaient pas été respectées pour cet entretien, car elle-même n’y avait pas pris part ainsi que le représentant des ressources humaines comme cela était de coutume. Mais Oussou lui répondit qu’il s’agissait d’un cas que le DG en personne avait recommandé. Par ce mensonge, il coupa court à la discussion et sans doute aux supputations qu’elle ne manquerait pas d’alimenter.

Le même jour, Sara fut présentée au reste du personnel et occupa le bureau attenant à celui du chef d’agence. Pendant la présentation, Oussou réfléchissait déjà aux possibilités qu’il avait de conquérir le cœur de sa nouvelle collaboratrice. Elle lui avait laissé entendre qu’elle était célibataire sans enfant et sans engagement. Le peu de temps qu’ils ont mis à échanger lui avait permis de savoir qu’ils avaient des atomes crochus. Une porte dérobée leur permettrait de se voir assez souvent sans attirer l’attention des autres collaborateurs et usagers. Une belle aventure s’annonçait donc !

Deux semaines avaient suffi pour que les collègues se mirent à jaser. Le chauffeur du chef d’agence d’abord avait émis des soupçons sur la qualité d’une personne qui appelait le chef chaque fois qu’ils étaient ensemble dans la circulation et qui pourrait être de la boite ; puis l’assistante avait confirmé que certains jours, le chef restait indisponible pendant de longs moments alors qu’elle n’avait introduit personne dans le bureau et que la ligne téléphonique n’était pas occupée ; après, c’étaient les deux guichetiers qui avaient de la peine à comprendre tout le temps qu’il mettait à confirmer via l’intranet les demandes de confirmation de chèques qu’ils lui envoyaient ; enfin, le technicien de surface, chargé de l’entretien des bureaux après le service, laissa entendre que bien après le départ des autres, il voyait souvent Sara et le chef d’agence sortir et se suivre, chacun dans sa voiture.

Comme cela était de coutume dans certains services, sans preuves, sur la seule base des commérages, tous se convainquirent d’une relation entre Sara et Oussou. Tous y crurent fermement. Aussi Sara ne se doutait-elle pas qu’elle était pour tous les autres collaborateurs le dindon de la farce quand elle les poussait à manifester leur solidarité envers le chef d’agence à l’occasion de l’accouchement de sa femme.

Sara se rangea sur le bas-côté de la route et fit signe à ses amies qui la suivirent aussitôt, mettant un terme à leur commérage à son sujet. Oubliant qu’elle leur avait plusieurs fois dit qu’elle ignorait le lieu de résidence du chef d’agence, elle se rendit tout droit à son domicile, sans demander une seule fois son itinéraire à l’une ou l’autre de ses collègues. Elle descendit de voiture et ouvrit le coffre qui était devenu pour l’occasion une véritable caverne d’Ali Baba. Elle avait apporté un trousseau complet fait de layettes de couleur bleue, de serviettes, de poudre de talc, d’eau de toilette, de savon, de biberons ; bref, de tout ce qu’il faut pour un nouveau-né.

Sara sonna à l’entrée. Un colosse vint ouvrir et les aida à porter les colis. Il les installa dans un salon au rez-de-chaussée où la maitresse des lieux se fit attendre pendant une bonne dizaine de minutes avant de descendre du premier étage où elle avait pris ses quartiers depuis son accouchement. Belle, élancée, souriante, gracieuse, habillée avec goût, Soussaba fit sensation dès les premiers contacts avec les collègues de son mari. Elle ordonna à sa servante d’apporter des petits fours et des rafraichissements pendant qu’elle-même s’occupait de présenter le nouveau-né à ses tantes. Ce faisant, elle observait l’attitude de chacune : son flair lui avait dit que dans le groupe se trouvait celle avec qui Oussou la trompait. Toutes avaient trouvé qu’elle avait un joli bébé et que ce dernier avait emprunté les traits de sa mère, sauf une. Ce devait être celle-là, se dit-elle. Mais elle ne laissa rien transparaître. Elle se devait de rester courtoise, convaincue que si Sara avait eu l’outrecuidance de venir jusque chez elle, le fautif ne peut être qu’Oussou.

Elle entretint donc la conversation avec le groupe, devisant sur le défilé de mode du grand styliste Alphadi annoncé pour la mi-septembre, le concert à guichets fermés de la diva Kamaldine, l’ouverture très prochaine d’une école de journalisme à Bamako, le coût de la vie et son incidence sur le panier de la ménagère. Pendant qu’elles discutaient de tout et de rien, Sara eut la maladresse d’évoquer la polygamie et ses bienfaits pour l’équilibre psychologique de l’homme, pour le bien-être de la famille, pour la quiétude de la société et, en particulier, pour la liberté de la femme. Comme si elle n’attendait que cela, Soussaba, qui avait le sens de la répartie, lui répondit aussitôt que si tous les hommes étaient à partager, Oussou en revanche était à elle seule ; que ses escapades nocturnes ne devraient en aucun cas susciter des prétentions chez une fille légère sans ambition et sans dignité. Après tout, ils étaient unis par le régime monogamique. La tension monta d’un cran lorsque Sara, sans se démonter, lui dit qu’elle savait cela et qu’elle venait justement lui demander, humblement, l’autorisation de fréquenter librement Oussou. Soussaba accusa le coup ; les autres étaient là, bouche bée. Jamais elles n’avaient pensé que leur collègue oserait avouer son amour pour Oussou, encore moins se présenter à son épouse et la provoquer de la sorte. La plus âgée du groupe, Rama, entreprit de calmer les esprits qui commençaient à s’échauffer.

Soussaba, imperturbable, répondit : « Ne vous en faites pas, je ne prends pas en mal les propos de Sara. Chaque être humain a droit au rêve. Celui de votre collègue est de devenir l’épouse d’Oussou. Mais sachez que cela n’est qu’un rêve. Car pour que cela soit, il faudra une révision de notre contrat de mariage ou un divorce. Et cela, je ne l’envisage pas du tout, surtout pas maintenant que j’ai la preuve de ce dont je me doutais. Oussou est ma vie et je n’envisage pas le partager avec une autre, en tout cas pas de façon officielle. Je considère donc les propos de Sara, qui du reste est assez intelligente pour comprendre tout cela, comme une plaisanterie, même si elle est de mauvais goût. Et je préfère que l’on s’en tienne là. Maintenant, si vous ne voyez pas d’inconvénients à cela, je préfère me retirer pour aller me reposer. J’ai besoin de prendre des forces pour affronter qui vous savez.»

 Elle se leva et remonta dans sa chambre, laissant derrière elle ses visiteuses. Oussou devra s’attendre à vivre des moments difficiles. Mais il avait sans doute été alerté par Sara, car il vint plus tôt que prévu à la maison ce jour-là. Il évita tout contact avec Soussaba en présence des autres membres de la maisonnée. Il attendit une heure tardive de la nuit pour l’approcher et essayer d’aborder le sujet avec elle. Mais il s’y prit maladroitement.

 A la différence des autres hommes qui nient tout en pareilles circonstances, Oussou fit maladroitement l’aveu de sa liaison en essayant d’expliquer le comportement de Sara par sa jeunesse et sa passion. Il n’en fallut pas plus pour faire sortir Soussaba de ses gongs. Elle le couvrit d’insanités et jura de transformer sa maison en cabine téléphonique, du moment qu’Oussou ne se gênait pas d’aller effectuer ses appels au dehors : elle recevrait désormais tous les jeunes du quartier qui n’auraient pas peur de forniquer ; elle se livrerait même aux gardiens et autres ouvriers dans le voisinage. Il regretterait son inconscience, car, désormais, tous les jours, à dix-neuf heures, elle ferait l’amour !

 Elle s’était résolue de rendre à Oussou les coups qu’elle avait reçus. Depuis qu’elle avait reçu la preuve par l’absurde de l’infidélité de son époux, elle était devenue une habituée des maisons closes, changeant de partenaires au gré des rencontres mondaines dont elle était devenue subitement friande et portant son choix sur des étalons d’un rare spécimen.


Eclairage

Le pléonasme est une figure de style bien souvent involontaire et que je traque régulièrement dans les manuscrits. Pour juste vous donner un exemple, on n’écrira jamais « monter en haut », car dans le verbe « monter », il y a déjà la notion d’aller en hauteur. D’où l’inutilité du complément qui ne fait qu’alourdir le texte.

 Vous allez me dire, les pléonasmes, ils sont assez évidents, donc c’est facile de les éviter ! Oui, pour certains bien sûr, comme l’exemple que je viens de donner. Mais d’autres sont peut-être plus subtils et apparaissent sous nos plumes par des petits tics d’écriture ou des habitudes à l’oral.

 Voici donc une petite liste, non exhaustive bien sûr, des pléonasmes récurrents que j’ai pu repérer au fil de mes relectures et corrections.

 Au jour d’aujourd’hui : un grand classique de l’oral. Pour insister sur le fait qu’un événement se déroule effectivement ce jour. Mais « hui » signifiant ce jour, et aujourd’hui étant ainsi lui-même un pléonasme, « au jour d’aujourd’hui », ça fait un peu beaucoup, non ?

 Reporter à une date ultérieure : si on reporte, c’est pour plus tard

 Prédire à l’avance : prédire signifie anticiper, donc forcément à l’avance.

 Une opportunité à saisir : dans « opportunité » il y a déjà la notion d’élément intéressant qu’il fait saisir.

 Un tri sélectif : le fait de trier, c’est sélectionner, mettre de côté, séparer. Donc sélectif.

 S’avérer vrai : s’avérer = se révéler exact.

 Opposer son veto : veto en latin veut déjà dire « je m’oppose ». Donc, il oppose son veto = il oppose le fait de s’opposer. On dira « mettre son veto ».

 Optimiser au maximum : optimiser veut déjà dire améliorer, avec la volonté d’atteindre le meilleur.

 Demander d’un air interrogatif : là aussi, redondance.

 Le danger potentiel : « danger » signifie qu’un péril est susceptible de survenir. Il est donc nécessairement « potentiel ».

Voire même : on écrira « voire » ou « même » mais pas les deux en même temps !

Certains verbes avec « complètement » (ou autre synonyme) : « finir complètement », « abolir totalement », « éliminer, détruire totalement », par exemple ne sont que redondance. Soit on a fini, soit on n’a pas fini ; soit on abolit, soit on n’abolit pas, pas de demi-mesure.

Réserver à l’avance (un restau, un voyage) : dans « réserver », il y a déjà l’idée d’anticipation.

S’autogérer soi-même : dans « auto », il y a la notion de « soi ».

Comme par exemple : soit on écrit « comme », soit « par exemple », mais pas les deux.

Applaudir des deux mains : avec une seule, c’est moins pratique.

Un bip sonore : je ne connais pas les bips lumineux par exemple.

Le but final : un but étant une finalité en soi…

Coopérer ou collaborer ensemble : le préfixe « co- » invite déjà à être ensemble.

Crier fort : on peut difficilement crier en murmurant, à moins qu’on puisse murmurer en criant…

Consensus commun : il peut peut-être exister des consensus partagés par une seule personne, mais j’en doute.

Courte allocution : je préfère toujours un long discours !

Une dune de sable : de quoi d’autre la dune… ? De cailloux ? Ce n’est plus une dune alors.

Une fausse perruque : donc de vrais cheveux sur la tête ?

Ils se rapprochent les uns des autres : lorsqu’on se rapproche, c’est les uns des autres, non ?

La marche à pied : elle est plus fatigante que celle à vélo, je vous l’accorde.

Perfection absolue : la perfection invite déjà à la notion de ce qu’il y a de mieux.

Période de temps : pourrait-on imaginer une période qui soit autre chose que du temps ?

Petit détail : assez courant comme pléonasme ; maintenant, un détail reste un petit point, sinon ce n’est plus un détail.

Puis ensuite : l’un ou l’autre, mon capitaine !

Préférer plutôt : quand on préfère, c’est plutôt une chose qu’une autre, non ?

Repasser une deuxième (ou seconde fois) : avec « re- », on indique déjà qu’on recommence.

Mauvais cauchemar : rares sont les cauchemars joyeux.

Monopole exclusif : un monopole partagé n’est plus vraiment un monopole.

Tollé de protestations : tollé = levée de protestations.

Le seul et unique : peut-on être pluriel dans l’unicité ? Je laisse les philosophes répondre.

Unanimité totale : une décision peut-elle faire l’unanimité de la moitié des personnes ?

Surprendre à l’improviste : quand on est surpris, c’est forcément par surprise !

Contribution d'Abdoul Malick Diallo

 


Ni ko ma kè N°002 du 06/01/17


Opinion

Les migrants en situation irrégulière vivent avec l'expulsion qui plane sur leur tête comme une épée de Damoclès.
Expulsion d'un migrant en situation irrégulière

Migrations : Un débat décalé

 La signature entre le Gouvernement malien et l’Union Européenne d’un accord dit de «réadmission d’immigrés présumés maliens en situation irrégulière» a été le prétexte d’un véritable buzz. Mais au fait, que reproche-t-on au Gouvernement, d’avoir signé le retour des Maliens ? Pourquoi est-ce que l’on part du Mali au juste ? Est-ce avec l’intention de ne plus y revenir ? Les Européens sont-ils obligés de nous accepter sur leur sol, même en situation régulière ?

 Le Mali est un pays de migrations, depuis les temps immémoriaux. Les causes de ces migrations étaient multiples : économiques, sociales, culturelles... Aujourd’hui, à part quelques étudiants, la plupart des Maliens de l’extérieur sont partis pour des raisons économiques. Oui, les Maliens migrent de nos jours parce qu’il n’y a pas d’emplois, parce qu’ils vivent dans une misère indicible, parce que les services sociaux de base sont inaccessibles ; bref, parce qu’on a assassiné l’espoir en des lendemains meilleurs.

 Tout cela découle des détournements d’objectifs et de ressources, des coupes claires dans les budgets destinés aux investissements structurants. Plutôt que de s’en prendre aux Européens pour des causes qui dépendent de nous, agissons pour une meilleure gouvernance et une gestion appropriée des deniers publics. Agissons sur les causes et non sur les conséquences.


Arrêt sur image

En l'absene d'une politique de migration partagée, les Africains utilisent tous les moyens possibles pour regagner les berges de la Méditérannée.
Traversée du désert par des migrants afriains

Nouvelle

Un terrible réveil…

 Omar s’adossa sur le siège où il venait de s’asseoir après avoir rangé ses effets. Il ferma les yeux pendant qu’un petit sourire, signe de contentement, se dessinait sur son visage. Il venait de monter à bord de l’avion pour la France, réalisant ainsi un vieux rêve. Deux ans durant, il avait mûri l’idée de s’envoler pour Paris, la ville lumière, l’attraction de tous les hommes. Il s’était engagé à consentir des sacrifices énormes pour réunir le montant nécessaire au voyage : il lui fallait, selon un de ses amis installés là-bas, réunir le prix d’un billet en aller-retour, apporter pour l’obtention du visa la preuve matérielle qu’il pourrait se prendre en charge tous frais confondus pendant un mois : la durée supposée de son séjour à Paris. Pour ce faire, il travailla comme un forcené et se priva de bien de gâteries pour constituer le pactole nécessaire au voyage.

 Omar, bien que titulaire d’une licence en aménagement et d’une maîtrise en droit des affaires, s’était engagé comme boy à tout faire auprès d’un couple fortuné de Bamako. Mais, très vite, il dût déchanter. Monsieur était rarement présent à la maison et Madame, comme si elle guettait les moments d’absence de son mari, n’était presque jamais là. Si bien que Tidiane s’était retrouvé effectivement à tout faire : la cuisine, la lessive, la vaisselle, le blanchissage des habits du couple et des enfants, les courses. Tant et si bien que le soir, à peine avait-il le temps de prendre son diner que Morphée venait le prendre dans ses bras pour l’emporter loin de Bamako et de sa misère à lui.

Il se retrouvait alors entre Paris, Washington et Londres, en compagnie de tel ou tel acteur qu’il avait furtivement aperçu à la télé, sur l’écran plasma que Monsieur avait fait venir de Dubaï et sur lequel Madame, les rares fois où elle était là, visionnait des films à n’en plus finir, avalant coup sur coup des litres de limonade et se plaignant sans cesse de la chaleur ambiante. Omar était toujours tiré de son sommeil par les vociférations et imprécations de Madame qui ne cessait de le traiter de fainéant.

 Un jour cependant, estimant qu’il en avait marre, il demanda à rentrer dans ses droits et partit sans regarder derrière lui. Mais ce qu’il n’avait dit à personne, c’était le comportement trop incongru à son goût du dernier fils de la patronne. Chaque fois qu’il se trouvait seul à la maison, ce dernier l’approchait et se livrait à des attouchements sans équivoque à son endroit. D’où lui venait cette déviance ? Omar ne pouvait se l’expliquer, convaincu que les contraires étaient faits pour s’attirer.

 Plusieurs fois il avait pensé l’entrainer hors de la maison et lui administrer une mémorable correction ; un moment, l’idée lui était venue de s’en plaindre auprès de sa patronne. Mais très vite il se ravisa. Madame serait rentrée dans une colère verte après une telle déclaration. Elle aimait ses enfants comme la prunelle de ses yeux et n’aurait pas souffert un tel mensonge à l’endroit de son benjamin, qui plus est l’homonyme de son père. Omar s’était rappelé avec quelle hargne elle s’était jetée sur son propre frère lorsque celui-ci avait osé porter la main sur son fils chéri. Elle l’avait renvoyé comme un malpropre après l’avoir couvert d’injures.

Sachant à quoi s’en tenir quant à la réaction prévisible de Madame, Omar préféra garder le silence. Il se trouva donc un emploi de blanchisseur dans un pressing. Voyant la fréquence des clients dans ce domaine, il se mit à rêver : créer sa propre entreprise. Il s’informa sur les tarifs pratiqués par la direction, la qualité des clients, leur zone de résidence, le prix des équipements, le mécanisme de financement des petites et moyennes entreprises. Pour réunir toutes ces informations, il avait entrepris de lier amitié avec Abi, la gérante. Chaque fois que l’occasion se présentait, il partait échanger avec elle et recueillait des informations fort utiles, sans en avoir l’air.

Parallèlement à ses efforts inlassables au pressing, Omar installa un kiosque à café sur l’artère principale, à deux pâtés de maison de son logement. Il y était le soir, quand il n’était pas au pressing ou les jours fériés. Des jeunes du quartier s’y retrouvaient et devisaient là des heures entières, parlant de la vie politique et sociale du pays. Tout y passait : la sempiternelle rébellion au nord du pays, les élections locales gagnées d’avance par les candidats nantis qui espèrent un retour sur investissement et qui détournaient les ressources des entités, la corruption qui avait gangrené tous les secteurs de l’économie, le chômage des jeunes, l’école qui présentait moins de perspectives, le panier de la ménagère, la circulation routière et les rackets des policiers.

De kiosque à café, Omar se retrouva donc à la tête d’un grin, ce genre de regroupement où tous les sujets sont discutés par des personnes d’une même génération, sans tabous. Des amateurs du pari mutuel s’y retrouvaient et s’adonnaient à toute sorte de combinaison, espérant par ce biais changer leur vie. Omar avait au départ vu d’un mauvais œil la présence de parieurs à son kiosque. Il considérait que c’était de l’argent facile et que tout croyant devait se garder de s’enrichir autrement qu’à la sueur de son front. Il en était convaincu, fermement. Et puis, un jour, il apprit de l’un des parieurs que l’imam du quartier avait été le seul gagnant d’une course et avait ainsi remporté le jackpot. La télévision nationale n’ayant pas diffusé cette information comme à l’accoutumée, il n’avait pas accordé un grand crédit à cette information. Mais il y eut d’autres personnes pour la confirmer. Aussi s’étonna-t-il d’être en retard sur ce secret de polichinelle.

Omar changea dès lors de mentalité et d’attitude à l’endroit des parieurs. Il commença même à demander des combinaisons gagnantes à ses clients. Aussi mettait-il à profit les moments où la clientèle était moins fréquente pour se livrer à l’analyse des programmes du pari mutuel. Il y concentrait toute son attention au point qu’un passant l’aurait pris pour un ingénieur ou un urbaniste en train de concevoir le plan d’aménagement du futur grand District de Bamako.

La ville des trois caïmans ne saurait se passer d’une cure de jouvence. Dans une anarchie totale, les élus locaux avaient changé la dévolution de certains espaces publics et les avaient attribués à des commerçants et autres artisans qui avaient vite fait de les ériger en biens personnels, toujours avec la complicité ou la légèreté des mêmes édiles. Rassurés par l’impunité consécutive à l’incivisme généralisé, ces commerçants et artisans avaient fini par occuper la devanture de «leurs» boutiques, rendant la circulation infernale dans le centre de la capitale. 

Un jour donc, alors qu’il s’y attendait le moins, Omar fut, comme l’imam de son quartier, le seul et unique gagnant du jeu. Mais, à la différence de l’homme de Dieu, il reçut son chèque des mains du DG du pari mutuel urbain sur le plateau de la télévision nationale et devant un parterre de journalistes et d’invités de marque. Il avait remporté la bagatelle de trois cent vingt-deux millions de francs CFA, de quoi révolutionner sa vie et donner corps à beaucoup de ses rêves.

Ce jour-là et les jours suivants, sa chambre et son kiosque à café ne désemplissaient pas de visiteurs venus de partout et voulant lui témoigner leur joie de le savoir, lui, désormais millionnaire. Il demanda et obtint de son patron un congé d’une semaine pour convenance personnelle : recevoir tous ces visiteurs importuns au pressing lui paraissait déplacé. Des idées et des propositions de projets, il en reçut à la pelle au cours de la semaine qui suivit la réception du chèque. Mais l’idée de projet qui lui plaisait le plus était relative à l’ouverture d’un pressing.

Un des clients attitrés de son kiosque à café lui fournit des informations précieuses et un contact pour se rendre à Paris où il entendait prospecter le marché en vue de l’installation de son pressing. Le nouveau riche qu’il était devenu n’eût aucune peine à se procurer un visa. Après tout, il ne serait pas comme ces nombreux migrants africains, crasseux et désargentés qui avaient besoin d’être lavés au crasher. Lui avait un compte en banque assez bien fourni, du moins pour un africain ! Il remplit les formalités assez rapidement et put se procurer les autres documents de voyage dans un temps relativement court. A bord donc de l’avion Airbus A310 de Air France, Omar savourait déjà les bons moments qui s’annonçaient. Il avait reçu des assurances quant au sérieux de son futur logeur à Paris. Quand bien même il avait réservé une chambre d’hôtel, il se proposait de séjourner chez un compatriote. Ce dernier avait déjà échangé avec lui une ou deux fois au téléphone et avait eu l’assurance à ces occasions que son séjour serait des plus fructueux.

Au terme de cinq heures de vol, Omar foula le sol parisien. Il exultait, convaincu de pouvoir donner corps à son rêve. Son hôte l’accueillit dans le hall à Roissy Charles De Gaulle et le conduisit hors de l’aéroport. Ils s’engouffrèrent aussitôt dans un taxi et partirent pour le centre-ville. La joie d’Omar s’estompa à la vue de l’immeuble à sept étages où vivait son hôte. Les murs étaient d’une couleur incertaine avec des tags qui traduisaient à suffisance la mentalité et le genre d’occupations des jeunes de la cité. Des vitres étaient cassées à certaines fenêtres et des contre-plaqués y avaient été placés. Le long du trottoir, deux bacs à ordures étaient jonchés de détritus. Une odeur pestilentielle s’en dégageait. C’est à croire que la brigade d’assainissement avait jeté l’éponge. Des habits aux couleurs vives, accrochés à des ficelles, flottaient au vent. Des jeunes déambulaient dans la rue alors que de vieilles personnes devisaient au pied de l’immeuble ou sur des banquettes aménagées le long des parterres, insensibles aux odeurs des ordures et aux bruits à la fois des véhicules et des enfants. Bref, hormis la couleur blanche des résidents et la fluidité de la circulation, Omar avait quitté Bamako sans en être véritablement sorti. Car la cité abritant son hôte n’était en rien préférable à certains quartiers résidentiels de la cité des trois caïmans.

Omar prit place dans une pièce exiguë. Il y avait en tout et pour tout le lit de son hôte, une petite table de travail sur laquelle était déposé un téléviseur ; à côté, une chaise servant de porte-manteau et, légèrement au-dessus, des étagères accrochés au mur ; une douche était aménagée à l’angle opposé. Il y avait sur le mur des posters géants d’artistes ou de footballers, comme pour exorciser la mal-vie dans laquelle vivait l’hôte. Sous la table se trouvaient une plaque électrique et quelques ustensiles. Omar commença à déchanter, car bien que figurant parmi les défavorisés dans son pays, il était mieux loti que son hôte. Ainsi, les employés et étudiants qui revenaient au pays pour les vacances, en dépit des apparences, étaient butés à la misère, sans perspectives. Pourquoi prenaient-ils alors tant de risques pour affronter les affres du climat saharien et les vagues de la méditerranée s’il fallait se retrouver dans une telle misère ? Omar resta longtemps pensif, regrettant l’option d’habiter chez le résident. Le sommeil l’emporta peu après. Au bout d’un moment, le son de la télé le tira de son sommeil. A l’écran, il vit une foule de manifestants violents, hostiles à l’immigration. Des jeunes lapidaient des policiers qui les empêchaient de prendre à partie des immigrés originaires d’Afrique noire et du Moyen-Orient. Ces manifestaient ignoraient sans doute que la destination Europe n’était pas une rançon pour la réussite économique et sociale du vieux continent ; mais, plutôt, le tribut d’un capitalisme sauvage imposé au reste de l’humanité avec comme corollaire une mondialisation à sens unique et une pensée absolue. Face aux sociétés déstructurées, aux économies anéanties, aux croyances bafouées, la seule option réaliste était de partir ; partir, vaille que vaille vers l’eldorado !

 L’émotion née de l’histoire du petit Aylan et de sa famille s’était estompée depuis belle lurette. Omar méditait sur la contradiction de l’Occident qui avait bâti sa richesse sur l’exploitation des ressources d’autres peuples et dont les peuples voulaient vivre repliés sur eux-mêmes. Il fut tiré de sa rêverie par son hôte qui lui tendait de la menue monnaie, de quoi acheter à l’épicerie au bas de l’immeuble un cube de bouillon pour assaisonner la sauce et une miche de pain, le temps pour lui de nettoyer au fond du couloir sur le même palier ses ustensiles et préparer le petit déjeuner. Omar sentit à ce moment un creux et réalisa qu’il n’avait rien mangé depuis le repas servi à bord de l’avion. Il jeta sur la chaise son blouson contenant tous ses papiers et dévala quatre à quatre les marches conduisant au rez-de-chaussée.

 Dans l’épicerie, Omar attendit calmement son tour. Il sortit des dollars américains et n’eût pas de peine à les faire accepter. Il acheta des victuailles, se disant que son hôte n’avait pas une surface financière conséquente pour les prendre en charge tous les deux pendant son séjour. En ressortant de l’épicerie, il fut nez à nez avec deux policiers chargés de faire la ronde dans cette zone de sécurité prioritaire. Instinctivement, l’un des policiers lui demanda ses papiers. Mais Omar les avait laissés dans la chambre. Il se mit à bégayer, aucun son ne sortit de sa bouche. Il fut aussitôt embarqué dans la vanne et conduit au poste de police en vue de son rapatriement imminent. Il laissa derrière lui ses papiers, son argent et son rêve.