Un choix cornélien…

Si Oumoudjan et N’Golo avaient tardé avant de se marier, jamais ils n’auraient convolé en justes noces. Elle avait fait preuve de perspicacité et avait pu ainsi déjouer les pièges de sa belle-mère et de ses cousines et demi-sœurs. Elle avait rencontré plusieurs prétendants mais n’avait jamais dépassé le cap des fiançailles. À chaque occasion, avant d’avancer dans son projet matrimonial, sous le prétexte de vérifier leurs antécédents ses cousines et sa belle-mère avaient rapporté mille et une histoires sans tête ni queue sur ses prétendants afin de la décourager dans ses projets. À chaque occasion aussi, elle était tombée dans le piège qui avait été préparé à son intention, jusqu’au jour où elle découvrit qu’une de ses cousines flirtait avec Moussa, son prétendant. Elle n’en fit pas un scandale cependant. Elle entra dans sa messagerie privée et lui laissa ce message : «C’est du haut de mes vingt-cinq ans que je t’ai aimé, comme jamais aucun homme avant toi. Je t’ai donné tout ce qu’une femme peut donner de meilleur : mon temps, mon honneur, ma dignité, mon amour, ma vie !… Mais qu’ai-je reçu en retour si ce n’est de l’irrespect, de la négligence, des mensonges ? Je me suis attachée à toi comme à une bouée de sauvetage, malgré tout… Mais jamais je n’ai pu te combler, car tu es ce type d’homme qui aime plaire aux femmes…, à toutes les femmes !

Aujourd’hui, je me résigne cependant, n’ayant jamais réussi à te donner l’envie d’être la femme de ta vie. Je te prie donc de ne rien entreprendre pour me revoir, car tu gardes sur moi cette emprise qui m’a fait tant t’aimer et à laquelle j’essaie de me défaire chaque jour… Je t’écris ces mots car je veux me défaire de toi, de cette emprise… J’ai besoin de me reconstruire, d’être aimée pour moi et moi seule… Tu n’as jamais su m’aimer, alors que j’ai ce besoin immense d’amour. Cet amour que tu as amputé….

C’est donc la gorge nouée de larmes que j’écris ces mots qui sont toujours aussi durs pour moi… Je t’ai aimé bien plus que je me suis aimée moi-même… Et je pense garder cette douleur au fond de moi encore longtemps, mais je veux t’oublier et reconstruire ma vie… Oui, j’ai décidé de tourner la page, t’oublier à jamais ! Je veux te dire adieu, car j’ai besoin de me libérer de toi… je t’aimerai toute ma vie, mais c’est sans toi que je souhaite la vivre désormais… »

C’est ce qu’elle fit. Toux ceux qui avaient essayé de la convaincre de reprendre son idylle avec Moussa étaient repartis avec le même message : « Mon amour ne se vend pas ni ne s’achète. Pour tout l’or du monde, je ne reprendrai avec lui ! »