Bablofu, le faux-dévot...

Bablofu, devin à ses heures perdues, disposait d’un réseau d’informateurs sur tous les événements qui survenaient dans la ville.  Il menait grand train dans son quartier. Il jouissait de la considération de ses voisins. Il allait à la mosquée seulement pour la prière du fajr. De là, il suivait l’imam. Mais ne se contentait pas de cela. Il intégrait le groupe des ulémas et se retrouvait même certains jours à jouer l’intermédiaire entre les organisateurs de cérémonies et les guides spirituels. Il était donc en bonne position quand on demanda aux fidèles de soutenir la famille éplorée par une collecte d’argent. L’imam s’empressa de préciser que c’était une prescription du Prophète et que, comme on le constatait, la famille n’en avait nullement besoin. Mais qu’il fallait se soumettre à cette exigence morale, tout le monde était semblable devant la mort…

 

Bablofu se leva donc, ôta son bonnet et s’en servit pour recueillir billets et pièces de toutes les valeurs. Il allait d’une rangée à une autre, quittait les rangées pour se diriger vers les érudits mais trouvait le moyen de distraire l’attention de tous. Il glissait une bonne partie du contenu de son bonnet dans une poche latérale de son boubou  avant de poursuivre son chemin vers l’imam. De l’angle où il était assis, Amolas observait la scène. Voyant que le manège perdurait, il s’indigna et, lorsque Bablofu s’agenouilla auprès de l’imam pour lui remettre une poignée de billets et quelques pièces, Amolas lui fit un croc-en-jambe. Il s’affala sur le tapis devant l’imam ébahi. Amolas expliqua alors la raison de son geste et demanda que l’on fït une fouille de son vis-à-vis. De sa poche sortit un pactole. L’imam fit la chahada, proféra une malédiction à l’encontre de Bablofu et sortit de la cour.