Trainer un boulet est pénible, surtout s’il a le volume d’un avion présidentiel…

Le dimanche 8 avril 2018, Moussa MARA, ancien Premier Ministre du Président Ibrahim Boubacar KEÏTA, annonçait sa candidature à la présidentielle du 29 juillet 2018 après bien d’autres candidats. Cette annonce a été suivie d’un débat sur les réseaux sociaux entre partisans et détracteurs du plus jeune ancien PM du Mali. Lundi 9 avril 2018, à la faveur d’une conférence de presse organisée à la Maison de la presse, le fameux avion présidentiel s’est invité dans les débats. Répondant à une question d’Ammy Baba Cissé, Directeur de publication de l’hebdomadaire Le Figaro du Mali, Moussa MARA reconnait avoir fait une «erreur de communication» sur ce dossier sulfureux. Manifestement, l’homme a des problèmes avec la communication politique.

D’abord, plutôt que de se blanchir dans ce dossier, il enfonce le clou. "Le président a avancé dans Jeune Afrique 18,5 milliards et moi, 20 milliards. Ça revient à la même chose.", peut-on lire sur la page Facebook du même ABC. Comme pour dire que la différence d’un milliard et demi compte peu. Ce qui serait une aberration dans un pays en proie à des difficultés de tous ordres et où des franges importantes de la populations n’ont pas accès aux services sociaux de base, à cause de la pauvreté. A sa suite, certains de ses partisans ont voulu nous rappeler les fondamentaux en calcul : prix de revient est égal à prix d’achat plus frais. Sauf que, dans cette gymnastique, ils occultent le prix vendeur qui est à l’origine du scandale et qui serait de l’ordre de… 7,5 milliards !

Ensuite, dans la vidéo que j’ai pu lire grâce à Abdoulaye Koné qui m’a tagué à cet effet, l’homme commet une deuxième bourde en affirmant : "Je n'ai pas acheté l'avion (…) Aujourd’hui encore, je n’ai pas de preuves sur la véracité ou la fausseté de ce que m’ont dit les services de l’Etat". Mais alors, pourquoi c’est lui qui essayait de défendre l’indéfendable ? Comment expliquer le ton péremptoire par lequel il défendait ces chiffres devant les députés ? Pourquoi se substituer à ceux qui ont effectué l’achat dudit avion ? Pourquoi s’était-il ingénié à démontrer que l’avion dont disposait le Mali alors n’avait pas de papiers alors qu’il n’en était rien ? Avait-il besoin de se mouiller de la sorte ?

Enfin, revenons à sa déclaration principale sur cette question : «S’agissant de l’affaire de l’avion présidentiel, j’ai commis une erreur de communication». Dans des affaires privées, une faute avouée est à moitié pardonnée, a-t-on coutume de dire. Or, dans le cas d’espèce, l’intéressé était un Premier Ministre en fonction devant la représentation nationale. Les propos tenus en pareille circonstance sont empreints de solennité et ne sauraient se confondre avec une simple contrevérité. Le chat s’appelle le chat et c’était un mensonge. Et même un mensonge d’Etat. Pourquoi et pour quoi ? MARA seul peut y répondre, sachant que traîner un boulet est pénible, surtout quand il a le volume d’un avion présidentiel !

 

Il n’est point besoin de dire que Moussa MARA, depuis un certain temps, œuvre en vue de son élection à la magistrature suprême. C’est une ambition louable et légitime. Il devra investir en conséquence dans sa communication, car, au-delà de la relation médias et d’un community manager, un candidat à la présidentielle a besoin d’un staff plus étoffé incluant un coach et des conseillers spéciaux pour lui permettre de travailler en même temps sa posture, sa gestuelle, son contact visuel, sa variété vocale et… le contenu de son discours.